Extinction : 8 jours pour sauver le thon rouge
Un diagnostic de surexploitation

Si les incertitudes sur les statistiques de pêche (notamment les sous-déclarations) biaisent les résultats de certains modèles sophistiqués, cela n’empêche pas pour autant d’émettre un avis scientifique pertinent. Ainsi les groupes de travail sur le thon rouge du comité scientifique de la CICTA qui se sont réunis en juin 2006 et 2008 ont pu établir, à l’aide de différentes analyses et simulations, que l’hypothèse d’un effondrement du stock dans un futur proche ne peut plus être écartée. Aujourd’hui, le potentiel de production du stock est très probablement inférieur aux 25 000 tonnes/an estimées antérieurement (en 1996, 1998 et 2002).
En 2006, et à nouveau en 2008, afin d’amorcer le rétablissement de ce stock, le comité scientifique de la CICTA (le SCRS) a préconisé de réduire considérablement la mortalité par pêche et les captures à un niveau de l’ordre de 15 000 t au cours des prochaines années. Si l’ensemble de ces mesures préconisées par le SCRS était pris en compte, le stock reproducteur devrait être reconstitué et les captures pourraient atteindre plus de 50 000 tonnes à moyen et long terme.
Compte tenu des migrations transatlantiques du thon rouge, la surexploitation du « stock Est », préoccupante en soi, l’est aussi pour la restauration du « stock Ouest », principalement pêché par les USA et le Japon. En effet, les prises en Atlantique Est et en Méditerranée de migrants en provenance du « stock Ouest » contribuent à entraver sa reconstitution.
Une surcapacité avérée
L’exploitation du thon rouge a aujourd’hui atteint un niveau jamais égalé. En juin 2006 et 2008, le SCRS a montré qu’en Méditerranée la capacité de pêche des flottilles de senneurs (plus de 250 navires), de palangriers, et des pêcheries artisanales provenant des pays de l’UE, du pourtour Méditerranéen et d’Asie, dépasse très largement la capacité de production de la ressource. Le comité scientifique estime en effet que dans l’ensemble de l’Atlantique Est et du bassin méditerranéen, le volume des captures de thon rouge se situe depuis une décennie autour de 50 000 à 60 000 tonnes/an, c’est-à-dire deux à trois fois le potentiel de production actuel du stock.
Il convient de souligner que l’embouche a catalysé une véritable intégration de
l’exploitation du thon rouge en Méditerranée. A l’amont, les armements opèrent en joint venture avec les fermes d’embouche. À l’aval, divers circuits commerciaux et entreprises de conditionnement du produit (ateliers de découpe, …) assurent l’approvisionnement du marché japonais.
Dubrovnik, 2006 : le plan de restauration instauré par la CICTA
Suite à l’avis scientifique de 2006 qui concluait à un important déclin de la biomasse reproductrice, à une forte augmentation des mortalités par pêche et au difficile problème de la surcapacité, la CICTA a adopté un plan de restauration du « stock Est » pour les années 2007 à 2022. Ce plan prévoit différentes mesures de suivi et de contrôle des activités de pêche, telles que l’interdiction des avions pour l’aide à la pêche et le déploiement d’observateurs à bord des bateaux et des cages. En terme de conservation, trois grandes mesures ont été entérinées:
1) Un TAC de 29 500; 28 500; 27 500 et 25 500 tonnes/an pour respectivement les années 2007, 2008, 2009 et 2010.
2) Une extension de la période de fermeture de pêche pour les senneurs (du 1er juillet au 31 décembre) mais aussi pour les autres flottilles.
3) Une taille minimale passant à 30 kg (ce qui correspond à la taille à maturité) avec toutefois des dérogations à 8 kg pour la canne et le chalut pélagique dans l’Atlantique Est et la senne à des fins d’embouche en mer Adriatique.
Cependant, le SCRS a estimé en 2007 et 2008 que ce plan de restauration (qui différait substantiellement des propositions qu’il avait faites) avait peu de chance de permettre le rétablissement de la biomasse reproductrice de thon rouge à un niveau suffisant d’ici 2022. Par ailleurs, ce plan ne traite pas l’épineuse question de la surcapacité qui est au coeur du problème de surexploitation actuel.
Source : Ifremer
Pour en savoir plus :
Téléchargez l’intégralité du communiqué de presse de l’Ifremer
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Crédits photo :
- stompy@creative commons
- DR Ifremer
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