Science.gouv.fr

zoom_plus
Vous êtes ici
Accueil > Actualités

Archéo : le plus ancien sanctuaire d’Arabie mis au jour

Date : 24 septembre 2009
Source : INRAP

Akab, un sanctuaire marin

Les fouilles d’Akab ont mis en évidence des manipulations complexes de restes de dugongs soigneusement sélectionnés, la construction d’un édifice d’une taille imposante et des dispositions préférentielles d’ossements.
Fouille et relevé Crédits : V. Charpentier / MAFUAE
Des dépôts volontaires de très nombreux objets (parure individuelle, sélection d’outils, objets rares ou exotiques) et des restes de mammifères terrestres domestiques et sauvages sont associés à la structure, de même que d’importants épandages d’ocre.
Tous ces éléments indiquent que l’aménagement et l’utilisation du monument d’Akab répondaient au IVe millénaire à des règles précises. L’ensemble concourait à une mise en scène à la fois spectaculaire et ritualisée d’un grand mammifère marin, et on ne peut qu’être frappé par le fait que les crânes de dugongs sont, à Akab, orientés plein Est, à l’image des défunts de certaines nécropoles néolithiques comme celle de Jebel al-Buhais 18 (émirat de Sharjah, UAE). Cette mise en scène évoque aussi celle de la tortue verte (Chelonia mydas) dans la nécropole de Ra’s al-Hamra 5 (sultanat d’Oman), contemporaine du monument d’Akab, avec des crânes posés près du visage du défunt ou sur sa tombe, et des dépôts d’éléments de carapace sur le corps.

Unique au Moyen-Orient, le monument d’Akab n’a aucun parallèle au Néolithique dans d’autres parties du monde. Les seules structures comparables sont attestées sur les côtes australiennes du détroit de Torres, dans des sites rituels, les kod, mais leurs dates sont très récentes (XIVe-XXe siècles de notre ère). Comme à Akab, il s’agit d’édifices renfermant des restes de dugongs (de quelques spécimens à plusieurs centaines) et dans lesquels étaient déposés des objets (parure individuelle, outils divers, objets importés), mais aussi de la faune terrestre ou marine. Dans ce pays, le dugong est un animal « bon à penser », qui a fait, ou fait encore, l’objet de rites propitiatoires concernant les préparatifs de sa capture, le transport de sa dépouille à terre, son dépeçage et/ou sa consommation. Or ces rites sont liés à des faits totémiques, certains clans pêcheurs ayant des totems marins, comme le requin, la tortue marine ou le dugong.

Des questions restent en suspens

L’analogie est telle entre le monument d’Akab et les amas de dugongs australiens que l’on estime hautement probable le lien avec des rites de pêche. On peut en déduire que le monument d’Akab, dont l’organisation était préconçue, qui a été construit pour durer et dont le statut était très particulier, était un sanctuaire.
Etait-il exclusivement voué à des rites en lien avec le dugong, dont la capture n’était pas sans risque, loin s’en faut, ou bien de la pêche/chasse en mer en général ? Aucun élément ne permet de le dire.
Les pêcheurs néolithiques d’Akab appartenaient-ils à une société où non seulement les croyances et les rites étaient en lien avec des animaux mais qui était fondée sur la paire totem-clan, donc sur l’exogamie ? Rien ne permet aujourd’hui de l’affirmer. Ce que l’on constate, c’est la proximité de populations côtières pourtant éloignées de plusieurs centaines de kilomètres, celles d’Akab et de Ra’s al-Hamra notamment, qui partageaient culture matérielle et technologies, mais aussi des pratiques d’ordre spirituel avec certains animaux marins.

Partenaires

La fouille d’Akab est réalisée en partenariat avec le Department of Antiquities and Museums of Umm al-Quwain (UAE).
Créée en 1999, la mission archéologique française aux Emirats Arabes Unis est financée par la Sous-direction des Sciences humaines, sociales et de l’Archéologie du Ministère des Affaires étrangères et européennes.
Elle a entrepris plusieurs fouilles sur la période Néolithique et les âges du Bronze et du Fer dans différents émirats (Abou Dhabi, Sharjah, Fujaïrah, Umm al-Quwain). À Akab, la mission se compose de chercheurs du cnrs, de l’Inrap, des universités de Paris I, d’Edimbourg (Royaume-Uni), de Ravenne (Italie), et de l’Adach (Abou Dhabi).


Référence
Méry, S. Charpentier, V. Auxiette, G. Pellé, E. 2009. A dugong bone mound: the Neolithic ritual site on Akab in Umm al-Quwain, United Arab Emirates. Antiquity 83.321: 696-708.

Source : Institut national de recherches archéologiques préventives

Pour en savoir plus : les ressources archéologiques de Science.gouv


Voir le site
 
 
 
  Retour en haut de page