Le "Méga-lac" Tchad révélé par télédétection
Le "Méga-lac" Tchad révélé par télédétection
Depuis plus de 30 ans que dure la sécheresse au Sahel, la disparition du lac Tchad (1)
est régulièrement annoncée par les médias.Si le lac a effectivement diminué de manière
spectaculaire, passant d’un état de Grand Lac à Petit Lac en quelques années, de telles
fluctuations rapides sont déjà survenues au cours des derniers siècles et sont liées à la
forte variabilité climatique de l’Afrique tropicale.
Plus loin dans le passé, à une échelle pluri-millénaire, des fluctuations de beaucoup
plus grande ampleur ont eu lieu. Apartir de données issues de la télédétection,
l’existence et les caractéristiques d’un gigantesque Méga-lac Tchad à l’Holocène
moyen (il y a plus de 6 000 ans) viennent ainsi d’être confirmées et précisées avec le
concours de chercheurs de l’IRD.Plus vaste bassin endoréique du monde, c’est-à-dire où les eaux courantes n’atteignent
pas la mer et se perdent dans les terres, avec une superficie de 2,5 millions de km2,
le bassin du lac Tchad a un fonctionnement hydrologique très sensible aux modifications climatiques.
En période semi-aride comme actuellement,le lac Tchad s’épuise par évaporation et infiltration
: il occupe alors moins de 1 % de la superficie du bassin. Plus loin dans le passé, l’existence
d’un gigantesque Méga-lac Tchad a fait l’objet de débats passionnés tout au cours du XXe siècle.
Par l’utilisation de multiples données satellitales(Landsat, Modis) ou de télédétection (SRTM (2)),
des chercheurs de l’IRD, en collaboration avec l’Université de Monash (Australie) (3) viennent de
prouver définitivement son existence à l’Holocène moyen et de préciser ses caractéristiques.Ainsi, le rivage du Méga-lac, marqué par un cordon sableux de plus de 2 300 km, a pu être
identifié de manière quasi-continue, délimitant une superficie de plus de 340 000 km2 au coeur du
bassin. Par comparaison, le plus grand "lac"actuel, la mer Caspienne, présente une superficie
supérieure de seulement 8 %. La profondeur maximale du Méga-lac reconstitué
atteignait 160 mètres, contre moins de 10 mètres actuellement, pour un volume de 13 500 km3 ; soit
le 4e réservoir lacustre à l’échelle du globe après la mer Caspienne et les lacs Baïkal et Tanganyka.

Cordon sableux marquant le paléorivage du Méga-lac Tchad et sols argileux du fond du Méga-Lac". A proximité de Sayam, Région de Diffa, Niger. Copyrights Marc Leblanc IRDL’alimentation en eau d’un tel Méga-lac a impliqué des conditions climatiques et hydriques très
différentes de la période actuelle, avec notamment des pluies de mousson beaucoup plus intenses.
Alors qu’aujourd’hui le lac n’est alimenté que pardeux grands fleuves, le Logone et le Chari, en provenance
des régions les plus humides du sud du bassin, de multiples rivières et deltas fossiles ont été détectés sur
l’ensemble du pourtour du Méga-lac et ce, même dans sa partie nord saharienne, aujourd’hui la plus désertique.
Ces données indiquent également que l’endoréisme du bassin n’a pas été permanent à l’échelle de l’Holocène.
A son niveau maximum, le Méga-lac était stabilisé par un seuil hydraulique naturel : son débordement se déversait
vers la Bénoué, affluent de rive gauche du fleuve Niger, et aboutissait ainsi à l’océan Atlantique.Une ré-analyse exhaustive du corpus des datations Carbone-14 obtenues, notamment
par l’IRD, depuis plus de 30 ans sur le bassin du lac Tchad permet d’attribuer de manière
argumentée la dernière série d’épisodes de Méga-lac à l’Holocène moyen, entre 8500 et
6300 ans cal. BP (4)
En réalité, plusieurs épisodes ont pu se succéder de manière assez rapprochée
durant cette période, un tel lac étant nécessairement très sensible, comme aujourd’hui, à la
moindre modification des paramètres climatiques comme l’évaporation et la pluviométrie.Le Méga-lac Tchad offre ainsi l’exemple le plus spectaculaire des conséquences des
changements de conditions climatiques en Afrique tropicale. Dans le contexte actuel de
réchauffement climatique global, l’analyse d’un tel outil hydrologique est donc particulièrement
importante pour comprendre les mécanismes en jeu et découvrir les rétroactions
susceptibles de se développer. Les simulations climatiques à une échelle prospective de quelques
siècles fournissent actuellement des résultats contradictoires pour l’avenir hydrologique du bassin ; celles-ci
doivent donc encore être affinées pour permettre une gestion durable de la ressource en eau, un objectif
crucial pour le développement des pays riverains.

Dune de sable marquant le paléorivage du Mégalac Tchad Holocène. Au premier plan, sols argileux fertiles du fond du Mégalac. Le rivage du lac actuel se rencontre à plus de 100km vers l’est. Copyrights Marc Leblanc(1) Partagé entre le Tchad, le Niger, le Cameroun et le Nigéria.
(2) Shuttle Radar Topographic Mission, réalisée par la navette
Endeavour (Nasa, USA) en février 2000.
(3) Dans le cadre d’un programme de recherche français "ECCO/PNRH
(Ecosphère Continentale / Hydrologie ; http://www.insu.cnrs.fr)"
financé sur la période 2003-2005 et coordonné par l’IRD (UMR
HydroSciences, Montpellier).
(4) Age obtenu par la méthode Carbone 14. BP = Before Present :
décomptés avant l’année de référence 1950. Cal.= Calibré pour corriger le biais de la méthode Carbone 14.
Rédaction – IRD : Guillaume Favreau
Pour en savoir plus
CONTACTS :Guillaume FAVREAU, IRD - UMR HydroSciences,BP 434, 1004 El Menzah 4, Tunis, Tunisie.
Tél : (216) 71 750 009 ; Courriel : Guillaume.Favreau@ird.fr ; http://www.hydrosciences.org
Christian LEDUC, IRD - UMR G-EAU, BP 434 - 1004 El Menzah 4, Tunis, Tunisie.
Tel (216) 71.750.009 ; Courriel : Christian.Leduc@ird.fr ; http://www.mpl.ird.fr/hydrologie/divha
Marc LEBLANC, Monash University, School of Geosciences, Clayton, Victoria 3800, Australie.
Tel : +61 (0)399051782 ; Courriel: marc.leblanc@sci.monash.edu.au ; http://www.earth.monash.edu.au/
IRD Communication :
Aude Sonneville (rédactrice), Tél.: 01 48 03 76 07, Courriel : fichesactu@paris.ird.fr
Sophie Nunziati ou Elodie Vignier (relations presse), Tél. : 01 48 03 75 19, Courriel : presse@paris.ird.fr
RÉFÉRENCES :
LEBLANC, FAVREAU et al., (2006a) – Reconstruction of Megalake Chad using Shuttle Radar Topographic Mission data, Palaeogeography,Palaeoclimatology, Palaeoecology, (in press).
LEBLANC, LEDUC et al., (2006b) – Evidence for Megalake Chad, north-central Africa, during the late Quaternary from satellite data, Palaeogeography, Palaeoclimatology, Palaeoecology 230, 230-242.
ILLUSTRATIONS :
Contacter Indigo Base, Banque d’images de l’IRD, Claire Lissalde ou Danièle Cavanna, Tél. : 01 48 03 78 99,
Courriel : indigo@paris.ird.fr
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