Du fonio dans vos assiettes
Introduire le fonio sur les marchés Européens
Cultivé en Afrique de l’Ouest, le fonio a longtemps été réduit à l’état de céréale marginale à cause de la petitesse de ses grains. Mais il connaît aujourd’hui un regain d’intérêt en raison des qualités gustatives et nutritionnelles que lui reconnaissent les consommateurs. Afin de mieux valoriser cette céréale, l’Union européenne finance un projet de recherche international, intitulé FONIO et qui porte sur l’"Amélioration de la qualité et de la compétitivité de la filière fonio en Afrique de l´Ouest". Un premier atelier de travail, a eu lieu, à Dakar, du 16 au 30 juin.Entretien avec Jean-François Cruz, coordonnateur du projet.
Quel est l’objectif du projet ?
L´objectif du projet est double. Il s’agit à la fois d’accroître la compétitivité locale et d´améliorer la qualité et la diversité des produits de fonio pour exporter, le tout afin d’améliorer les revenus des producteurs et des transformateurs. Le fonio peut en effet représenter un nouveau produit céréalier pour les Européens. En Afrique, la céréale est réputée pour ses qualités nutritionnelles alors que sa culture a longtemps été perçue comme la culture du pauvre. Augmenter la productivité de la filière à différents niveaux (variétés adaptées, systèmes de culture et de production appropriés, innovation en matière de mécanisation post-récolte…) est également essentiel pour développer le marché africain.
Quel est à l’heure actuelle l’état de la filière exportation ?Les circuits de mise en marché sont très opaques, généralement de type informel. Les distributeurs en Europe s’approvisionnent souvent en sacs de 50-70 kg et conditionnent eux-mêmes le fonio blanchi en sachets plastiques de 1 kg, très rudimentaires. Des transformatrices du Mali et du Burkina ont commencé à exporter du fonio en Europe et aux Etats-Unis en sachets plastiques soudés (1kg) mais les quantités restent encore faibles. Depuis peu, des partenariats se sont créés, avec la France notamment, pour accroître les quantités commercialisées à plusieurs dizaines de tonnes par an, et des filières bio et équitables sont en train de voir le jour.
Dans quel axe allez-vous travailler sur le thème de l’exportation ?
Dans un premier temps, les critères de qualité du fonio cuit, ainsi que les attentes des consommateurs en Afrique et en Europe, doivent être définis. Concernant la qualité, la présence de sable dans le fonio blanchi reste aujourd’hui l’un des principaux problèmes à résoudre pour obtenir un fonio de qualité, commercialisable en grandes surfaces et à l’export. Lors d’un projet précédent, nous avons amélioré, par la mécanisation, la phase de décorticage, tâche longue et fastidieuse, habituellement réalisée à la main, au pilon et au mortier, qui ralentit considérablement le processus de transformation. Le nouveau projet FONIO permettra de développer des recherches en mécanisation des opérations post-récolte spécifiques (lavage, dessablage, séchage,..).
L’idée est aussi de créer de nouveaux produits à valeur ajoutée qui faciliteraient l’exportation. Avez-vous déjà une idée de ce qu’ils pourraient être ?
On trouve habituellement, sur les marchés en Afrique de l’Ouest, du fonio décortiqué qu’il est nécessaire de blanchir, de laver et surtout de « dessabler » avant de le cuisiner. Le fonio blanchi, qui a alors subi une étape de transformation supplémentaire est également disponible. Il doit être lavé et dessablé avant utilisation. On trouve également, dans certains supermarchés et à l’export, du fonio précuit. Il est cependant encore peu connu. Ce fonio est évidemment vendu plus cher, souvent le double du prix du simple fonio blanchi vendu en vrac. Nous souhaiterions également produire du « fonio étuvé » et du « fonio cuisson rapide ». Le procédé d’étuvage déjà utilisé sur le riz pourrait être appliqué et optimisé sur le fonio pour améliorer la qualité nutritionnelle du fonio blanchi, s’il est accepté par les consommateurs.
Les activités scientifiques du projet sont regroupées autour de six thématiques. Quelles sont celles qui impliquent le Cirad ?
Le Cirad, qui assure la coordination du projet, est également le leader de la thématique 1, qui constitue le cœur du projet et où des technologues vont travailler sur « les produits et les procédés ». Il sera également à la tête de la thématique 3 concernant la demande en produits nouveaux et les effets sur la génération et la distribution des revenus. Ce sont, plus particulièrement, des socio-économistes qui prendront part à cette thématique. Par ailleurs, des agronomes du Cirad sont très impliqués dans les thématiques 5 et 6 qui portent sur les systèmes de production et les systèmes de culture.
Contact:
Jean-François Cruz, jean-francois.cruz@cirad.fr
En savoir plus:
Le projet Fonio est coordonné par le Cirad et mobilise des équipes interdisciplinaires de trois pays européens (France, Hollande, Belgique) et de quatre pays africains (Mali, Guinée, Burkina Faso, Sénégal).
Les activités scientifiques du projet sont regroupées autour de six thématiques :
1 - diversification des produits “fonio” pour des niches de marchés à l’export et les marchés locaux ;
2 - aspects nutritionnels concernant le fonio et les produits « fonio » ;
3 - demande en produits nouveaux et effets sur la génération et la distribution des revenus ;
4 - petites entreprises et innovation en termes de produits et de procédés ;
5 - opportunités de diversification et multi usages du fonio dans les systèmes de production ;
6 - développement des connaissances sur les systèmes de culture à base de fonio et voies d’amélioration de la productivité.
L’atelier des thématiques 1 à 4, organisé conjointement par l’Enda-Graf et le Cirad, a eu lieu à Dakar du 26 au 30 juin. Il a regroupé une quinzaine de participants (technologues, nutritionnistes, socio-économistes, etc.) venant du Mali (Ier et Cirad), de Guinée (Irag), du Bénin (Université), du Sénégal (Enda-Graf) et de France (Cirad).
Le site du projet FONIO
Le site du Cirad consacré au fonio
Crédits photos:
Copyrights CIRAD









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