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Parasite du paludisme: la stratégie du cheval de Troie démasquée

Date : 31 août 2006
Source : Institut Pasteur

Parasite du paludisme :la stratégie du cheval de Troie démasquée

La première étape du cycle de vie du parasite du paludisme prend place dans le foie. Après la piqûre du moustique, le parasite sous forme de sporozoïte gagne cet organe par la circulation sanguine, et se différencie dans les cellules du foie pour donner la forme invasive, appelée mérozoïte. C’est cette forme qui envahira les globules rouges, suite à quoi apparaîtront les symptômes de la maladie.

Jusqu’ici, on supposait que les mérozoïtes sortaient seuls du foie pour gagner la circulation sanguine, et la façon dont ils échappaient alors au système immunitaire, notamment aux nombreux macrophages qui patrouillent dans le foie, demeurait énigmatique.

L’équipe de Robert Ménard, chef de l’unité de Biologie et génétique du paludisme de l’Institut Pasteur, en collaboration avec des chercheurs de l’Institut de médecine tropicale Bernhard Nocht à Hambourg, vient de lever le mystère.

Employant notamment des techniques d’imagerie in vivo qu’ils ont élaborées ces dernières années, permettant de visualiser en temps réel des parasites rendus fluorescents dans un modèle rongeur, les chercheurs ont découvert que les mérozoïtes utilisaient une véritable stratégie du cheval de Troie pour quitter le foie et gagner « incognito » la circulation sanguine.

Ils ont observés que les cellules du foie infectées – chacune contenant quelque 10 000 mérozoïtes – et mortes sous l’effet de l’infection, se mettaient à bourgeonner, formant des structures que les chercheurs ont nommées mérosomes. Ces mérosomes/chevaux de Troie bourrés de parasites gagnent les vaisseaux sinusoïdes du foie puis débouchent dans la circulation sanguine où les mérozoïtes sont libérés. moustique
Les parasites semblent capables à la fois de guider leur véhicule et de le masquer. Puisqu’elle est issue de cellules mortes, la membrane des mérosomes devrait en effet lancer un signal de dégradation permettant aux macrophages/éboueurs d’engloutir et de détruire l’indésirable structure. Ce signal bien classique de toute cellule à dégrader n’est plus émis, grâce à des modifications biochimiques induites par le parasite.La mise à jour de ces mécanismes, outre une meilleure compréhension de l’infection palustre, offre de nouvelles cibles thérapeutiques, d’autant plus intéressantes qu’elles se situent avant le stade pathogène de l’action parasitaire (l’invasion des globules rouges).

« L’imagerie in vivo nous révèle des mécanismes nouveaux et s’avère un formidable outil pour améliorer notre compréhension du phénomène infectieux », souligne Robert Ménard. « Elle devrait permettre à l’avenir, pour le paludisme comme pour les maladies infectieuses en général, de mettre le doigt plus rapidement sur des cibles thérapeutiques nouvelles ».

Source :

« Malaria parasites manipulate host hepatocytes for their safe delivery into liver sinusoids » : Science, 1er septembre 2006.
Angelika Sturm1, Rogerio Amino2,3, Claudia van de Sand1, Tommy Regen1, Silke Retzlaff1, Andreas Krueger1, Jörg-Matthias Pollok4, Robert Ménard2, Volker T. Heussler1

1. Bernhard Nocht Institute for Tropical Medicine, Hambourg, Allemagne
2. Département de parasitologie, Institut Pasteur, Paris
3. Department of Biochemistry, Federal University of Sao Paulo, Brésil
4. Department of Hepatobiliary Surgery, University Hospital Hamburg-Eppendorf, Hambourg, Allemagne

Contacts :

Nadine Peyrolo ou Corinne Jamma,
Service de presse, Institut Pasteur – tél : 01 40 61 33 41
courriel : cjamma@pasteur.fr

Crédits photos:
IRD Base Indigo

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