Un nouvel espoir pour guérir la dépression
Un nouvel espoir pour guérir la dépression
Deux fois plus fréquente chez les femmes que chez les hommes, la dépression affecte, sous ses formes les plus sévères, entre 2 et 5% de la population des pays les plus développés. Les formes plus légères, quand à elles, peuvent toucher 20% de la population. De plus, 1 à 2% de la population sont affectés par une maladie dite bipolaire, la maniaco-dépression.
Chez la plupart des malades, la dépression est causée par l’interaction entre une prédisposition génétique et des facteurs environnementaux comme le stress ou les traumatismes émotionnels. La maladie est fréquente et le marché des antidépresseurs est immense (au moins 10 milliards d’euros par an). Néanmoins, si ces antidépresseurs améliorent l’état des patients dans environ 70% des cas, ils n’entraînent une rémission complète de la maladie que chez 30 à 40% d’entre eux. De plus, près d’un tiers des sujets traités résiste aux traitements existants. Cet état de fait oblige donc à envisager de nouveaux traitements, capables de prendre en compte les mécanismes de la dépression.
Une équipe [1] de l’Institut de pharmacologie moléculaire de Sophia Antipolis (CNRS/Université de Nice), dirigée par Michel Lazdunski, vient de créer une lignée de souris génétiquement modifiée résistant totalement à la dépression, grâce à la suppression d’un gène correspondant à un canal ionique [2] présent dans toutes les régions du cerveau impliquées dans cette maladie. Ces souris se reproduisent, se nourrissent, grandissent et se comportent dans leurs activités de tous les jours comme des souris normales, mais lorsqu’elles sont soumises à une variété de stress qui entraîne un état proche de la dépression, elles y résistent remarquablement, comme des souris normales qui auraient été préalablement traitées par des antidépresseurs.
Ce travail montre qu’on peut produire génétiquement une résistance à la dépression, et permet donc de désigner une cible nouvelle pour la recherche de nouveaux antidépresseurs qui, en inhibant ce canal, mimeraient ce qui se produit dans l’élimination génétique.

Notes :
[1] Ce travail est un exemple de collaboration, indispensable dans ce type de domaine où il est très difficile de trouver un modèle animal possédant des similarités de comportement avec l’être humain. Le projet est né à Sophia Antipolis (Catherine Heurteaux, Nicolas Guy, Suzanne Thümmler, Nicolas Blondeau, Michel Lazdunski, Cathy Widmann, Marc Borsotto), et associe les équipes de Paris (F. Noble), Rouen (M. El Yacoubi, J.-M. Vaugeois) et une équipe de Montréal très orientée vers la psychiatrie (G. Lucas, G. Debonnel).
[2] Un canal ionique est une machine moléculaire qui participe à la génération des signaux électriques dans les cellules nerveuses.
Références :
Depletion of the background potassium channel TREK-1 results in a depression-resistant phenotype. C. Heurteaux et al. Nature Neurosciences n°9(9). Consulter le site web
Crédits photos:
Photothèque CNRS
Contacts :
Chercheur
Michel Lazdunski
T 04 93 95 77 01
lazdunski@ipmc.cnrs.fr
Presse:
Isabelle Bauthian
T 01 44 96 46 06
isabelle.bauthian@cnrs-dir.fr

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