La tisane de Quassia : un antipaludique efficace
La tisane de Quassia : un antipaludique efficace
Deux milliards d’individus, soit 40% de la population mondiale, sont exposés au paludisme. Ce dernier est transmis par des parasites du genre Plasmodium, dont quatre espèces sont des vecteurs de la maladie chez l’homme. Cependant, seul Plasmodium falciparum, le plus répandu, peut entraîner la mort.
En Guyane française, un climat tropical humide favorise la transmission du paludisme tout au long de l’année. On y enregistre annuellement environ 5000 cas, dont les trois quarts sont dus à Plasmodium falciparum. Depuis 1990, toutes les souches paludiques y sont devenues résistantes à la chloroquine, l’antipaludique le moins cher et le plus largement utilisé. Cette situation dangereuse donne un caractère d’urgence à la mise au point de traitements alternatifs, basés sur de nouveaux principes actifs.
Pour circonvenir ce phénomène, des chercheurs de l’unité CNRS Ecofog de Guyane et du Laboratoire de Pharmacochimie des Substances Naturelles et Pharmacophores Redox (UMR-152 Institut de Recherche pour le Développement - Université Paul Sabatier) et du Muséum national d’Histoire naturelle, ont entrepris depuis près de deux ans un programme d’étude des remèdes traditionnels possédant une activité antipaludique effective contre Plasmodium falciparum, à la fois in vitro et in vivo. Ils viennent aujourd’hui de mettre en évidence un principe actif responsable de cette activité dans la tisane de Quassia, l’une des médications les plus répandues. Cette tisane est issue des feuilles du Quassia amara, un petit arbuste de la forêt amazonienne plus connu sous le nom de quinquina de Cayenne, en référence à son goût amer et son utilisation contre les fièvres. Ce principe actif est une molécule déjà identifiée plusieurs fois dans la nature, la simalikalactone D. Cette dernière possède une très bonne activité biologique in vitro et in vivo, comparable à celle de l’artémisinine, un des antipaludiques les plus puissants.Il semble que, par le passé, l’évaluation de ce composé ait été rapidement abandonnée à cause d’une activité cytotoxique soupçonnée. Les chercheurs du CNRS et de l’IRD confirment aujourd’hui cette activité agressive vis-à-vis de quelques lignées cellulaires classiquement utilisées dans les tests de cytotoxicité (cellules cancéreuses). Cependant, la simalikalactone D ne semble pas montrer d’action létale sur d’autres cellules, y compris les lymphocytes sains. Des études sont donc en cours pour confirmer l’éventuelle nécessité d’un réexamen de la simalikalactone D à la fois comme antimalarique et comme anticancéreux.
Références :
Simalikalactone D is responsible for the antimalarial properties of an amazonian traditional remedy with Quassia amara L. (Simaroubaceae). S. Bertani et al. Journal of Ethnopharmacology.
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