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Café : les producteurs doivent désormais miser sur la qualité

Date : 14 septembre 2006
Source : CIRAD

Café : les producteurs doivent désormais miser sur la qualité


En Amérique centrale, la culture du café est la principale source d’exportation depuis plus de cent ans. Elle contribue au revenu de près de 300 000 producteurs de cette région. Mais en 1999, la filière doit faire face à une crise majeure : en raison de la surproduction mondiale, notamment au Brésil et au Vietnam, les cours du café dégringolent. C’est dans ce contexte que le projet Casca a vu le jour. Objectif : réduire la vulnérabilité des producteurs face aux fluctuations des prix. Mené par le Cirad et quatre partenaires – Catie, Ceh, Promecafé, Una – il a mobilisé plus de 25 chercheurs et 35 étudiants, dont 25 Latino-américains, durant quatre ans. Il vient de s’achever.

Dans cette région, environ 70% des caféières sont conduites en association avec des arbres d’ombrage et des degrés d’intensification divers. Cependant, la tendance de ces trente dernières années a été de « pousser vers une modernisation » de cette caféiculture centraméricaine. Résultat : les pratiques culturales ont été intensifiées et l’ombrage réduit. Or, il s’avère que pour mieux vivre de leur travail, les producteurs doivent plutôt miser sur la qualité de leur café, sur la diversification de leur revenu par la vente de bois d’œuvre et de feu ainsi que des autres produits issus des arbres d’ombrage et surla valorisation des services environnementaux qu’ils procurent. Face à cette situation, il était donc nécessaire de proposer des alternatives viables à la monoculture intensive afin de promouvoir des systèmes agroforestiers et des pratiques de gestion durables.

Durant les quatre années du projet, des données ont été collectées au sein d’environ 900 exploitations de trois pays : Costa Rica, Guatemala et Nicaragua. Plusieurs grands axes de recherche ont été explorés, dont notamment les connaissances et les pratiques des producteurs, l’impact de la caféiculture sur l’environnement, et finalement l’amélioration des revenus des producteurs.

L’ombrage offre une production moindre mais permet de développer une boisson à haute valeur ajoutée


café ciradParmi les savoirs et les pratiques des producteurs en matière de gestion d’une agroforesterie caféière, celles concernant les espèces forestières à associer avec la culture du café sont généralement bonnes. Leur gestion des espèces est en revanche déficiente : la densité des arbres est rarement adaptée à l’ombrage nécessaire au bon développement végétatif et à la production des caféiers. Les chercheurs ont alors développé des modèles qui doivent permettre de décider des espèces et densités d’arbres à maintenir au sein des systèmes en fonction du besoin en lumière des caféiers. Casca a également clarifié l’impact de l’ombrage sur la physiologie et la qualité du café, notamment en termes de photosynthèse, d’allocation de carbone entre production et développement végétatif et des effets sur la floraison et charge en fruits. Les travaux ont montré que l’ombrage joue un rôle similaire à celui de l’altitude, en fournissant un micro-environnement favorable à une bonne croissance des baies. Il retarde la maturation de la pulpe et mène ainsi à une boisson à haute valeur ajoutée. La production est moindre en quantité mais plus stable année après année, et de meilleure qualité.

Les plantations de café ont également des impacts sur l’environnement à grande échelle, elles recouvrent en effet un million d’hectares d’Amérique centrale. Elles se situent par ailleurs souvent au sein d’écosystèmes de montagne très fragiles, dans le corridor biologique mésoaméricain, un des « hotspots » pour la biodiversité. Afin de quantifier ces impacts, les effets des arbres d’ombrage et de leur mode de gestion sur la fertilité des sols et la disponibilité en azote pour le caféier (fixation d’azote par la légumineuse, minéralisation de l’azote du sol) ont été évalués. Les chercheurs ont identifié les pratiques de fertilisation permettant un compromis entre production et protection de l’environnement. Il a été montré qu’en diminuant les besoins en fertilisant, les systèmes agroforestiers contribuent à réduire les pertes de nitrates par drainage et donc la contamination des nappes phréatiques. Par ailleurs, l’introduction de l’arbre dans les systèmes caféiers accroît le stock de carbone dans la biomasse, la litière au sol et dans le sol, preuve de la contribution importante des systèmes agroforestiers à la séquestration du carbone.

La diversification constitue la clé de la stabilisation des revenus pour les producteurs


Enfin, les chercheurs se sont penchés sur les revenus des producteurs. L’objectif ici a été de simuler les conséquences de plusieurs scenarii de cultures - sous ombrage et intensives - et les conséquences de ces scenarii sur les coûts de production du café et sur la durabilité économique des exploitations. Prenant en compte la diversification des productions, les simulations mettent en évidence la contribution économique majeure du bois d’œuvre et du bois de feu, en particulier dans les régions de basse altitude. Cette production fournit notamment entre 30% et 70 % des revenus des caféiculteurs au Costa Rica et au Guatemala. La filière mériterait cependant une bien meilleure organisation. Les revenus peuvent également être améliorés par l’adhésion des producteurs à des schémas de qualité et de labels tels que le café durable, biologique, etc. Cependant, d’après les analyses économiques préliminaires, la mise aux normes techniques et sociales et le processus de certification présentent des coûts élevés et certaines exigences techniques ne sont pas assez étayées.

Ces résultats seront approfondis à travers un nouveau projet, Cafnet * qui débutera d’ici quelques mois. Ce projet devrait en effet permettre d’améliorer les capacités d’organisation et de commercialisation des coopératives et d’adapter les itinéraires techniques, les normes et les certifications, qui se multiplient ces dernières années, aux conditions écologiques locales et socio-économiques des producteurs.



* Cafnet (Connecting, enhancing and sustaining environmental services and market values of coffee agroforestry in Central America, East Africa and India) est un projet de recherche participative - développement rural. Il regroupe des projets pilotes sur trois régions du globe - Amérique Centrale, Afrique de l’Est et Inde - en étroite collaboration avec les producteurs de café et les acteurs de la filière, dont les Ong (Rainforest alliance, etc.) et les grands acheteurs de la filière (Starbucks, Nespresso, Utz Kapeh, 4C, etc.). Il sera lancé au début de l’année 2007 et durera quatre ans. Le Cirad en est le coordinateur avec pour partenaires régionaux, le Catie en Amérique Centrale, l’Icraf en Afrique de l’Est, et l’Université de Bangalore/Coffee Board en Inde. Le projet vient d’être accepté, en juillet 2006, par l’Union européenne, qui apportera un financement de 2,5 millions d’euros.

Contacts

Philippe Vaast, coordinateur du projet, philippe.vaast@cirad.fr


En savoir plus

Le site du projet Casca

Evénement:

21e Colloque scientifique international sur le café
, Montpellier, 11-15 septembre 2006

Références bibliographiques :

Sustainability of coffee agroforestry systems in Central America ; coffee quality and environmental impacts, Final project report, 2006.

Daviron B. et Ponte S., 2005. The Coffee Paradox: Global Markets, Commodity Trade and the Elusive Promise of Development. Londres, Zed Books. 288 p.
CIRAD
 
 
 
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