Un futur vaccin contre les pestes bovines
Un futur vaccin contre les pestes bovines
Un vaccin thérapeutique qui soignerait la peste bovine et celle des petits ruminants... Un progrès majeur pour les pays confrontés à ces maladies virales extrêmement infectieuses, peuvant décimer des troupeaux entiers. Dans les régions où l’élevage a une place importante, les virus à l’origine de ces pathologies - du genre Morbillivirus - ont d’importantes répercussions sur l’économie locale et la sécurité alimentaire : au Sénégal, l’incidence économique d’un foyer de peste des petits ruminants était estimée, en 1996, à 80 000 euros sur trois mois.
Des ARN interférents au coeur d’un futur vaccin thérapeutique
La peste bovine touche les bovins domestiques, les buffles, les yaks mais aussi les ovins, les caprins et certaines races de porcs ainsi que toute une série d’espèces sauvages. Malgré une campagne de vaccination préventive généralisée et soutenue ayant presque abouti à l’éradication de la maladie à l’échelle mondiale, des foyers d’infection persistent dans l’écosystème somalien. Et il n’existe aucun traitement curatif. Quant à la peste des petits ruminants, concernant les ovins et les caprins, elle est présente en Afrique, sur la péninsule arabe, au Moyen-Orient et en Inde. Les vaccins préventifs sont efficaces mais ils présentent encore certains problèmes comme une faible résistance à la température. Aucun traitement thérapeutique n’existe également contre cette maladie.
Depuis le début de l’année 2005, le Cirad met au point une nouvelle méthode de lutte contre ces pathologies basée sur une technique novatrice issue de la génétique moléculaire. Cette nouvelle approche repose sur un mécanisme biologique naturel : « l’interférence ARN » qui permet d’ordinaire aux organismes pluricellulaires de contrôler le niveau d’expression de certains de leurs gènes. Ce processus met en jeu de courts fragments d’ARN capables d’empêcher la lecture et la traduction en protéines du code génétique porté par l’ADN : ce sont les ARN interférents. Ils empêchent l’ARN de jouer son rôle fondamental de messager de l’information contenu dans les gènes en vue de la production de protéines. En effet, les ARN dits interférents se lient spécifiquement avec l’ARN messager cible, conduisant à la dégradation de celui-ci et de ce fait à l’inhibition de l’expression de la protéine correspondante.
La réplication des virus est inhibée à plus de 80 %
Les chercheurs du Cirad viennent d’identifier trois ARN interférents de synthèse, capables d’inhiber in vitro, à plus de 80%, la réplication des virus de la peste des petits ruminants et de la peste bovine. Ils sont ciblés sur l’ARN messager du gène de la nucléoprotéine des virus responsables de ces pestes. Le processus de multiplication virale est alors bloqué. Ces résultats concernant ces nouveaux antiviraux biologiques ont fait l’objet d’un dépôt de brevet en décembre 2005.
Actuellement la deuxième phase de recherche a démarré : tester in vivo cette nouvelle génération d’antiviraux sur l’animal infecté. Pour cela, le transfert de ces ARN interférents dans l’animal infecté est envisagé grâce à un vecteur viral, habituellement utilisé comme vaccin. Si l’inhibition de la réplication du virus chez l’animal malade est effectivement observée, cela ouvrirait alors la voie vers le développement de vaccins thérapeutiques contre les virus des pestes bovines et des petits ruminants. D’une durée de cinq ans, ces travaux permettront de mettre à disposition, sur le terrain, un vaccin sûr et efficace.
Très prometteurs, ils ouvrent en outre d’immenses possibilités en matière de santé animale. Ils pourraient être intéressant pour d’autres virus, tels que celui de la grippe aviaire ou celui de la peste porcine africaine. Pour ce dernier, l’application de l’interférence ARN comme méthode de lutte serait alors une avancée majeure, puisqu’il n’existe actuellement aucun vaccin préventif.
Contact Emmanuel Albina, emmanuel.albina@cirad.fr
Dominique Martinez, dominique.martinez@cirad.fr
Unité de recherche "Contrôle des maladies animales exotiques et émergentes"
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Partenaire :
Unité mixte de recherche "Biologie et génétique des interactions plante-parasite" (BGPI) - Agro.M, Cirad, Inra
Ces résultats font l’objet d’une demande de brevet déposée le 21 décembre 2005, N°0513029.
Références bibliographiques :
Almeida R.S., Keita D., Libeau G., Albina E., 2006. Control of ruminant morbillivirus replication by siRNAs. RNAi Europe, 28-29th Sept 2006, Pragues, Republique Tchèque (Poster).
Keita D., 2006. Utilisation de la PCR quantitative pour évaluer l’efficacité de molécules anti-virales sur les Morbillivirus. Regional QPCR user group Meetings.17 Nov 2006, Montpellier, France (Communication).
Keita D., Almeida R.S., Libeau G., Albina E., 2006. Mapping of siRNA-susceptible locus on Morbillivirus nucleoprotein mRNA. RNAi Europe, 28-29th Sept 2006, Pragues, République Tchèque (Poster).
Keita D., Almeida R.S., Libeau G., Albina E., 2006. RNA interference for the control of Morbillivirus infection. European Society for veterinary Virology. 7th International Congress of veterinary Virology. 24-27th Sept 2006, Lisbonne, Portugal.
Keita D., Almeida R.S., 2006. RNAi et Morbillivirus. Les ARN Messagers, Micros et Interférents. Applied Biosystems et Ambion 05/10/2006 Lyon, France.
Crédits photos:
CIRAD
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