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El Niño 2006-2007 : un événement contrarié

Date : 07 mars 2007
Source : IRD

El Niño 2006-2007 : un événement contrarié


Le phénomène ENSO (El Niño Southern Oscillation) correspond à la variabilité climatique la plus forte
de la planète à l’échelle inter annuelle. Il se caractérise, schématiquement, par une alternance entre
une phase anormalement chaude (El Niño) et une phase anormalement froide (La Niña) des
températures de surface dans l’océan Pacifique tropical. La période de récurrence d’El Niño est variable
et se situe en moyenne entre 3 à 7 ans. Lors d’un événement El Niño, les eaux très chaudes
(supérieures à 28°C) de la couche de surface du Pacifique Equatorial Ouest se déplacent vers le centre
du bassin, la pression atmosphérique à la surface de la mer augmente à l’Ouest et diminue à l’Est, les
vents alizés diminuent et parfois se renversent. L’inverse se produit lors d’un événement La Niña. Il est
maintenant bien établi que les modifications ENSO du Pacifique tropical affectent l’ensemble de la
planète, à des degrés divers, avec, en particulier, de forts impacts environnementaux et socio-
économiques dans les pays de la ceinture tropicale.

Des avancées considérables ont été réalisées au cours des 20 dernières années dans l’observation et la
compréhension du phénomène ENSO, grâce à une collaboration internationale quasi exemplaire au
sein de laquelle les équipes de l’IRD ont joué un rôle essentiel. Ces chercheurs de l’ORSTOM, puis de
l’IRD, étudient ENSO depuis plus de 40 ans dans les régions occidentales et centrales du Pacifique
équatorial, en participant aux réseaux d’observations in situ et spatiaux et à la modélisation du
phénomène. Des progrès doivent cependant encore être réalisés dans la prévision d’El Niño. Le
démarrage, la croissance rapide, l’amplitude exceptionnelle et le déclin rapide de l’événement El Niño
de 1997-1998, considéré comme le plus fort du siècle dernier, n’ont pas été correctement prévus par
les modèles statistiques ou dynamiques. Il en est de même pour le démarrage de l’événement El Niño
actuellement en cours.

C’est en avril 2006, faisant suite à des températures de surface plus froides que la moyenne qui
perduraient depuis presque 6 mois, que les premières anomalies chaudes ont été mesurées dans la
partie centre - ouest du Pacifique équatorial. L’apparition de ces anomalies faisait suite à un coup de
vent d’ouest, phénomène atmosphérique synoptique dont la prévision est à l’heure actuelle impossible
dans la région. Ces anomalies de températures élevées ont progressivement envahi l’ensemble du
bassin équatorial, caractérisant un nouvel événement El Niño.
En octobre 2006, dans la crainte d’avoir à faire face à des conséquences climatiques et sociaux-
économiques aussi dévastatrices qu’en 1998, l’Instituto de Mar del Perú à Lima organisait, en
collaboration avec l’IRD, un suivi hebdomadaire des conditions générales dans le Pacifique. La
succession des ondes de Kelvin associée aux coups de vent d’ouest ne permirent pas aux anomalies de
températures de surface de l’océan de dépasser 1.5°C dans l’est du bassin (comparé à 7°C pour
l’événement de 1997-98).
Depuis lors, les observations in situ et satellitaires semblent indiquer une diminution progressive de
ces anomalies qui auraient donc atteint leur apogée en décembre 2006. Depuis la fin 2006 et le début
de l’année 2007, la majorité des modèles de prévision d’ENSO indique également une décroissance de
l’événement El Niño actuel au cours des prochains mois et un retour probable vers des conditions
neutres vers mai - juin 2007.

Il ne s’agit donc pas d’un événement exceptionnel, sauf, peut être, en ce qui concerne sa signature
dans le Pacifique équatorial centre - ouest. Dans cette région, en effet, la température de surface a
dépassé 29°C pendant toute la deuxième moitié de l’année 2006, fait relativement rare.
Le réchauffement de 2006 est le 3ème d’une série de 3 événements de faible amplitude
séparés d’une période de 2 ans (2002, 2004 et 2006). Cette succession inhabituelle
d’événements pourrait traduire des changements des conditions moyennes dans le Pacifique
tropical, résultat d’une évolution naturelle aux échelles de temps décennales ou alors
induites par le réchauffement climatique.

el nino 1997

Contact presse :
Elodie Vignier : 01 48 03 76 96
presse.ird@ird.fr IRD
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