Grippe aviaire : la piste des oiseaux sauvages
Grippe aviaire : la piste des oiseaux sauvages
Par quel biais le virus de la grippe aviaire hautement pathogène est-il introduit dans les nouveaux pays ? Le commerce des oiseaux domestiques est-il en cause ? Ou bien faut-il incriminer les oiseaux migrateurs sauvages ? Une équipe du Cirad explore depuis l’an passé la voie des oiseaux sauvages. Jusqu’à présent, le virus n’a pas été détecté parmi les oiseaux sauvages sains. En revanche, de nombreux oiseaux morts ou moribonds ont été retrouvés à proximité des foyers d’infection. Victimes ou réservoirs ? Ces éléments font plutôt pencher vers la première hypothèse. Mais la seconde n’est pas exclue. Six canards sains et porteurs du virus – sur 4 600 canards et dans une zone particulièrement infectée – ont en effet été trouvés en Chine en janvier 2005.
Connaître le nombre d’étapes et la localisation des arrêts lors des migrations
En 2005 et en 2006, les oiseaux migrateurs ont souvent porté le chapeau. Pourtant, les couloirs et les périodes de migration de ces derniers ne correspondaient pas forcément à la logique de dissémination du virus observée ces dernières années. Afin de clarifier la situation, les chercheurs comptent aujourd’hui établir leurs plans de vol complets et précis. Pour cela, via un financement de la Fao, ils utilisent des petites balises Argos attachées au corps des oiseaux. Grâce à ces petits équipements, ils vont pouvoir recueillir un grand nombre de données et pallier ainsi le manque d’information sur le sujet. En effet, jusqu’à présent, les migrations sont bien connues en Europe et en Asie mais c’est loin d’être le cas en Afrique. Sur ce continent, le suivi ne se fait que par comptage des populations dans chaque pays ou bien par baguage. Or, ce sont cinq millions de canards d’Eurasie qui, chaque année, passent l’hiver en Afrique subsaharienne. Quant aux canards africains, on estime qu’ils sont plus de 4 millions à effectuer des déplacements entre les différentes régions du continent.
Les balises permettront, en particulier, de connaître le nombre d’étapes et la localisation des arrêts pendant la migration. Ceux-ci ont en effet lieu en zones humides, propices aux transmissions de pathogènes, et où la mixité entre différentes espèces est élevée. Des informations plus générales sur les migrations – les temps de parcours, les facteurs écologiques ou anthropiques qui définissent les arrêts – seront également fournies par l’étude.Sarcelles d’été équipées de petites balises Argos, Mali
Trois espèces réparties dans trois pays d’Afrique
Trois espèces ont été sélectionnées pour cette aventure : la sarcelle d’été, le dendrocygne et le canard casqué. Chacune représente un trajet type de migration. La sarcelle est un migrateur intercontinental Europe-Asie-Afrique et elle hiverne exclusivement en Afrique subsaharienne où elle est également l’oiseau hivernant le plus abondant. Le canard casqué restreint ses mouvements au continent africain mais parcourt plusieurs régions. Enfin, le dendrocygne, le canard africain le plus abondant sur le continent, est une espèce nomade à l’échelle régionale. Dans un premier temps, les chercheurs ont testé l’impact de ces balises sur le comportement des trois espèces en captivité au zoo du Lunaret de Montpellier. Puis ils se sont rendus en Afrique et, au cours du mois de février, ont capturé et équipé 45 oiseaux. Les captures ont eu lieu dans trois sites : le nord du Nigeria, une zone très humide où des foyers de grippe aviaire sont détectés depuis plus d’un an ; le delta intérieur du fleuve Niger, au Mali, qui constitue le plus important site d’hivernage des canards d’Eurasie en Afrique ; le Malawi, présentant les sites requis pour l’étude des migrations interrégionales. Une fois les oiseaux relâchés, le suivi des balises peut désormais commencer. Les résultats de cette surveillance, mis à jour deux fois par semaine, sont disponibles en ligne sur un site Web du Cirad : http://wildbirds-ai.cirad.fr.
Des cartes en ligne permettent un suivi en temps réel
Cette étude est une première sur le continent africain. Des équipes de la Fao et du United States Geological Survey, partenaires du Cirad, ont également équipé des cygnes en Chine et en Mongolie. Les chercheurs ignorent pour l’instant la durée pendant laquelle les balises fourniront des données (dépendant de l’espérance de vie de ces oiseaux).
Les balises pèsent chacune entre 12 et 30 grammes. Celles de 12 et 18 grammes sont destinées aux sarcelles et aux dendrocygnes, celles de 30 grammes aux canards casqués dont la corpulence est plus forte. Elles sont attachées au corps de chaque oiseau, tels de petits sacs à dos, à l’aide de lanières en téflon. La localisation de chaque volatile est déterminée au moyen du système Argos. La balise émet un signal qui est détecté par des satellites situés en orbite polaire à 850 km d’altitude. Ceux-ci retransmettent ce signal à des stations terrestres de réception. Les données reçues sont ensuite traitées par des centres spécialisés dans le système Argos. Enfin, une fois traitées, les données sont transmises aux utilisateurs.
Les cartes disponibles sur le site Wild birds and avian influenza in Africa permettront de suivre, quasiment en temps réel, le trajet des oiseaux. A l’heure actuelle, des sarcelles du Nigeria se dirigent vers le lac Tchad. D’ici quelques jours, elles devraient prendre leur envol vers le nord.
Contact
Nicolas Gaidet, nicolas.gaidet@cirad.fr
Unité de recherche Gestion intégrée de la faune
En savoir plus
Sur le web :
Le site Wild birds and avian influenza in Africa
Grippe aviaire : une nouvelle campagne de prélèvements en Afrique se prépare (actualité Cirad, 16-06-2006)
Grippe aviaire : surveiller et contrôler la maladie animale (actualité Cirad, 20-02-2006)
Sur le système Argos utilisé pour suivre les déplacements des animaux
Les partenaires :
Istituto Zooprofilattico Sperimentale delle Venezia
Food and Agriculture Organization
Ministère français des Affaires étrangères
U.S. Geological Survey
Wetlands International
Crédits photos et copyrights:
CIRAD Pierre Poilecot
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