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Paludisme : une synergie insecticide-répulsif efficace contre les moustiques

Date : 25 juin 2007
Source : IRD

Paludisme : une synergie insecticide-répulsif efficace contre les moustiques


Les moustiques responsables de la transmission du paludisme à l’homme appartiennent au genre Anopheles. L’un des plus connus et des plus étudiés est Anopheles gambiae, le principal vecteur du paludisme en Afrique. Afin de protéger les populations menacées par ce fléau, l’OMS recommande l’utilisation de moustiquaires imprégnées d’insecticides pyréthrinoïdes, faiblement toxiques pour les mammifères et très actifs contre les moustiques. Malheureusement, l’utilisation excessive et inappropriée de cette famille d’insecticide, notamment par pulvérisation, est à l’origine d’un accroissement inquiétant du nombre d’individus résistants dans les populations d’anophèles. Les moustiquaires imprégnées de pyréthrinoïdes peuvent alors perdre en efficacité. Il est donc indispensable d’envisager de nouvelles stratégies de gestion des vecteurs de transmission du paludisme résistants à ces insecticides.

moustiquaireDes chercheurs de l’IRD et leurs partenaires (1) ont obtenu des résultats encourageants en combinant un insecticide non-pyréthrinoïde et un répulsif. Ils se sont appuyés sur des travaux antérieurs qui ont mis en évidence une forte synergie entre ces deux composés, leur association se montrant en effet beaucoup plus efficace que la simple addition de leurs propriétés respectives. Les moustiquaires imprégnées de ce mélange présentent ainsi un pouvoir létal et irritant qui empêchent les piqûres de moustiques. En outre, les moustiques subissent un puissant effet paralysant, dit effet « knock down » (3) au contact du mélange. Les taux de mortalité mesurés se révèlent satisfaisants, puisqu’ils égalent ceux obtenus avec la deltaméthrine, un pyréthrinoïde de synthèse courant très efficace contre les moustiques. Les chercheurs ont testé deux mélanges comprenant un insecticide non-pyréthrinoïde de la famille des organophosphorés, associé soit à un répulsif standard (le DEET) , soit à un répulsif de synthèse de nouvelle génération.

Chacun de ces mélanges montre une synergie importante en termes de pouvoir létal et d’effet paralysant sur les anophèles. Cependant, seule l’association entre l’insecticide et le répulsif standard produit un effet synergique capable d’empêcher le moustique de prendre son repas de sang. Cette synergie s’observe également avec la durée d’efficacité qui se voit prolongée de plusieurs mois par rapport à celle obtenue avec les produits appliqués seuls. La propriété synergique des combinaisons se révèle d’autant plus avantageuse qu’elle permet de diminuer de façon importante les doses efficientes à utiliser sur les moustiquaires (d’environ 6 fois par rapport à l’insecticide employé seul), pour une efficacité équivalente à celle de la deltaméthrine.

test moustiqueLes moustiquaires traitées avec les deux mélanges étudiés au laboratoire ont ensuite été testées sur le terrain, dans une zone de culture rizicole située à 40 km au nord de Bobo-Dioulasso, au Burkina Faso. Cette région présente la particularité d’abriter deux formes d’Anopheles gambiae différentes. La première apparaît en mai-juin dans les rizières
et ne présente pas de résistance aux pyréthrinoïdes.
La seconde émerge en septembreoctobre dans des fl aques d’eau issues de la mousson et résiste à ces insecticides. De façon attendue, les moustiquaires usuelles traitées aux pyréthrinoïdes se sont avérées efficaces uniquement vis-à-vis des moustiques non résistants de la première population.
En revanche, les moustiquaires imprégnées des mélanges insecticides non pyréthrinoïdes – répulsif se sont révélées d’excellentes protections pour les habitants des villages locaux, quelle que soit la population de moustiques présente. Toutefois, leur durée d’efficacité (15 jours environ) en conditions réelles ne s’est pas montrée à la hauteur des espérances des chercheurs. Ceux-ci envisagent par conséquent de collaborer avec une entreprise capable de concevoir un système d’encapsulation du mélange permettant de prolonger l’effet protecteur de la moustiquaire. L’efficacité de ces mélanges à base d’organophosphorés et de répulsifs ouvre donc une nouvelle voie de lutte contre les vecteurs du paludisme résistants aux pyréthrinoïdes. A terme, les chercheurs envisagent de tester leur méthode sur des moustiques résistants aux deux autres types d’insecticides utilisés contre la transmission du paludisme, à savoir les organophosphorés et les carbamates.(1) Ces recherches ont été conduites au laboratoire de l’IRD de Cotonou, Bénin, avec
la collaboration du Centre de Recherches Entomologiques de Cotonou (CREC), du
Laboratoire de Lutte contre les Insectes Nuisibles (LIN) de l’IRD à Montpellier, et
de l’Institut de recherche en science de la santé, Bobo-Dioulasso, Burkina Faso.
(2) Combination of a non-pyrethroid insecticide and a repellent : a new approach for
controling knockdown-resistant mosquitoes , Am. J. Trop. Med. Hyg. 72(6), 2005,
pp. 739-744
(3) Effet “knock down” : effet de paralysie des muscles et du système nerveux des
insectes qui précède leur mort. Il est caractéristique des insecticides pyréthrinoïdes.

Contacts :
cédric pennetier, vincent
corbel et jean-marc
hougard,
IRD Cotonou, Bénin et de
Montpellier (LIN), France.
+ 229 21 37 49 82
Cedric.Pennetier@ird.fr,
corbel@mpl.ird.fr,
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Vincent RobertRÉFÉRENCES :
pennetier c, corbel v and
hougard jm. - « Combining a
non-pyrethrinoid insecticide and
a repellent : a new approch for
controlling Kdr resistant mosquitoes”,
Am.J. Trop. Med Hyg.
2005, 72 (6), 739-744.
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