Science.gouv.fr

zoom_plus

Maladie de la langue bleue en Corse : le satellite Spot révèle l’habitat du moucheron vecteur

Date : 15 octobre 2007
Source : CIRAD

Maladie de la langue bleue en Corse : le satellite Spot révèle l’habitat du moucheron vecteur


Jusqu’en 1998, la maladie de la langue bleue, ou fièvre catarrhale ovine, était considérée comme une maladie exotique pour l’Europe. Aujourd’hui, cette maladie animale est durablement installée sur le pourtour méditerranéen et frappe également, depuis peu (2006), le Nord de l’Europe. Elle est apparue en France en 2000, faisant son entrée sur le territoire par la Corse. L’origine subsaharienne de Culicoides imicola, principal vecteur de la maladie dans le bassin méditerranéen, a conduit les chercheurs à s’interroger sur les caractéristiques environnementales favorisant son implantation et l’apparition de la maladie qu’il transmet dans les écosystèmes méditerranéens.

spotIls ont tâché de répondre à cette question dans le cas de la Corse où des animaux malades ont été recensés en 2000, 2001 et à nouveau en 2003 et 2004. Le virus est transmis par les femelles de Culicoides imicola qui se nourrissent du sang des animaux. Ces minuscules moucherons (1 à 2 mm), ayant une capacité de vol active réduite, sont contraints de s’implanter à proximité des élevages, afin de subvenir à leurs besoins. Les chercheurs ont ainsi passé au crible l’environnement immédiat de 80 bergeries situées dans le sud de l’île. Pour caractériser ces différents environnements, ils ont utilisé les images spatiales fournies par le satellite français Spot*. L’objectif était de dégager des variables permettant de distinguer les élevages infectés des élevages sains. Les chercheurs ont étudié différents paramètres liés à l’altimétrie, avec par exemple la pente ou l’altitude moyenne, à l’hydrographie, avec notamment la longueur des rivières présentes dans le voisinage, et à la végétation, via l’abondance des différents types d’occupation du sol ou la structure des paysages. Ce dernier type d’indicateurs confère à l’étude toute son originalité : « Les images à haute résolution spatiale du satellite Spot, de l’ordre de dix mètres, ont permis d’accéder aux indicateurs paysagers alors que les études précédentes, fondées sur des images à basse résolution, ne permettaient d’étudier que des indicateurs climatiques, souligne Hélène Guis, qui a conduit sa thèse sur le sujet. C’est une première dans le cadre de l’étude de la maladie de la langue bleue. »

La Sardaigne, zone de transit pour les moucherons à destination de la Corse

corse Deux résultats majeurs ressortent de l’analyse des données. En premier lieu, le nombre d’élevages infectés est beaucoup plus élevé dans l’extrême sud de la zone étudiée qu’ailleurs. Est-ce en raison d’une température plus élevée due au positionnement géographique de ces fermes ? Il semblerait que non. En effet, en Corse, le gradient de température varie en fonction de l’altitude plutôt que de la latitude. D’après les chercheurs, c’est la proximité de la Sardaigne, distante des côtes corses de douze kilomètres seulement, qui serait la cause de l’émergence préférentielle de la maladie dans cette zone. « On sait que les moucherons peuvent être transportés passivement par les vents sur de longues distances, précise Hélène Guis. Et les sérotypes viraux à l’origine des épidémies de 2000, 2003 et 2004 en Corse avaient, à chaque fois, circulé en Sardaigne quelques mois auparavant. »
Les résultats montrent également que la fragmentation du paysage, en augmentant les surfaces de contact entre différents types de végétation, accroît le risque d’apparition de la maladie. Le risque est le plus élevé lorsque les lisières sont étendues, en particulier dans le cas où elles concernent les zones boisées (maquis, garrigue et forêt de feuillus), les prairies ouvertes et les sols nus. Les zones comprenant des lisières étendues, reflétant une forte imbrication de différents types de végétation, pourraient réunir différents éléments essentiels de l’habitat du moucheron tels que des gîtes de ponte et de repos et la présence d’hôtes nourriciers. Pour en savoir plus, il sera nécessaire de mener des études entomologiques.
Un troisième résultat est à noter : les exploitations mixtes ovins-bovins-caprins sont plus sensibles à l’émergence de la maladie que celles constituées uniquement de moutons. Or, on pensait jusqu’à présent que les bovins, en attirant plus les moucherons que les ovins, protégeaient ces derniers des piqûres de Culicoides. Les résultats obtenus ici semblent indiquer que les bovins, porteurs sains de la maladie en Corse, pourraient constituer des réservoirs de virus et, au contraire, augmenter ainsi le risque d’apparition de la maladie chez les ovins avec lesquels ils sont élevés. Ce résultat reste cependant à confirmer sur un plus grand nombre d’élevages.

A venir : une étude combinant paramètres climatiques et paysagers

Le modèle créé à partir de ces résultats a été validé en Corse sur 134 fermes de la région d’Ajaccio. Il n’est en revanche pas applicable à la problématique de l’Europe du Nord. En effet, si la maladie est également présente dans cette région, le sérotype viral y est différent et, qui plus est, les vecteurs qui y sont impliqués, différents de ceux sévissant en Corse, n’ont pas encore été catégoriquement identifiés. Culicoides imicola, notamment, est absent de cette zone. Une démarche similaire de modélisation pourrait cependant y être développée afin d’identifier les facteurs de risque environnemental liés à l’émergence de la maladie dans cette région. Pour ce qui est de la Corse, une nouvelle étude devrait débuter en octobre 2007. Il s’agira de combiner les paramètres climatiques avec ceux liés à l’environnement et aux paysages. Cette étude sera réalisée en partenariat avec l’université de Liverpool en Grande-Bretagne.

* Satellite pour l’observation de la Terre.
Contact
Hélène Guis, helene.guis@cirad.fr
Unité de recherche Epidémiologie et écologie des maladies animales (Cirad)
Unité mixte de recherche Territoires, environnement, télédétection et information spatiale (Cemagref, Cirad, Engref)
Université de Franche-Comté, équipe Santé et environnement rural en Franche-Comté

Crédits photos:
CNES SPOT
CIRAD
Voir le site
 
 
 
  Retour en haut de page