Extinction : 8 jours pour sauver le thon rouge

Du 17 au 24 novembre, une réunion extraordinaire de la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l’Atlantique (Cicta), une organisation de pêche intergouvernementale, se déroule au Maroc. D’après les scientifiques, au-delà 15 000 tonnes de prises annuelles, la survie de l’espèce n’est plus assurée. Actuellement, les prises réelles avoisinent 60 000 tonnes...
Le diagnostic et la gestion des pêcheries de thon rouge
Le thon rouge est une ressource hautement partagée et exploitée à l’échelle d’un océan par une vingtaine de pays (figure ci-dessous). Son diagnostic et sa gestion ne peut donc être effectuée que dans un cadre international.
Le pilier de la régulation de l’exploitation du stock de thon rouge atlantique est un classique système de contingentement des prises : le Total Autorisé de Capture (TAC), réparti ensuite en quotas par pays.
Le stock Ouest : un TAC entre 2 100 et 3 000 tonnes par an
Le volume des captures déclarées du « stock Ouest » n’a guère varié depuis 1982. En 1998, la CICTA a adopté un plan de restauration du « stock Ouest ». L’objectif de ce plan est d’atteindre en 2018 le niveau de biomasse de reproducteurs associée au MSY6, avec une probabilité supérieure à 50%. Le TAC actuel est d’environ 2 500 tonnes/an, assorti d’une marge d’ajustement de ± 200 tonnes/an).
Le stock Est : un TAC entre 29 500 et 32 000 tonnes par an
Depuis 1998, la CICTA a également fixé un TAC pour le « stock Est ». En 1999, ce TAC était de 32 000 tonnes, puis de 29 500 tonnes en 2000 et 2001. En 2002, la CICTA a recommandé que les prises n’excèdent pas 32 000 tonnes/an au cours de la période 2003-2006.
Une expertise scientifique reposant essentiellement sur les données de pêche
Contrairement à d’autres stocks (anchois, hareng, morue,…) pour lesquels des données issues de campagnes régulières d’observation scientifique sont utilisées, les évaluations de thon rouge (comme celles des autres espèces de grands pélagiques) reposent principalement sur les informations produites par la pêche : effort de pêche, volume des captures (par date, zone, et type d’engin de pêche) et composition en taille des captures (qu’il est donc indispensable de pouvoir échantillonner). En effet, la très large distribution spatiale des thons, des marlins et de l’espadon ainsi que leur grande mobilité, proscrivent la plupart des suivis scientifiques élaborés pour les autres espèces de poissons (à l’exception des campagnes de marquages et de suivis aériens). C’est pour cette raison que la qualité de l’expertise halieutique est en grande partie conditionnée par les statistiques de pêche.
Un obstacle : la fiabilité des données
Dans le cas du thon rouge, la principale difficulté liée à l’évaluation du « stock Est » est le manque de fiabilité des données nécessaires (quand elles existent) pour mener un diagnostic sur l’état du stock, quantifier l’extraction qu’il subit, et ensuite définir le TAC. En effet, ce stock partagé est exploité par des pays aux intérêts souvent concurrents dans un contexte de surcapacité et de forte attractivité commerciale. Ces facteurs sont générateurs d’une surexploitation difficile à contrecarrer par un système de gestion fondé sur le contingentement des prises, système qui incite de surcroît à sous-déclarer ces dernières. La situation est aggravée en Méditerranée par le développement de l’embouche : les thons ne sont pas immédiatement débarqués après leur capture, et sont inaccessibles aux échantillonnages requis pour l’expertise.
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