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Claude Lévi-Strauss a 100 ans

Date : 28 novembre 2008
Source : CNRS

© C. Levi-Strauss/Musée du quai Branly

"Un homme doté d’un flair exceptionnel en ethnologie", "un esprit vif, modeste, avec beaucoup d’humour", "auteur d’une des plus grandes œuvres de la pensée française du vingtième siècle"… Ceux qui ont croisé la route de Claude Lévi-Strauss ne tarissent pas d’éloges. L’ethnologue fête aujourd’hui ses 100 ans et le musée du Quai Branly, à Paris, lui consacre une journée spéciale : il a marqué l’ethnologie et l’anthropologie d’une trace indélébile.

« Son œuvre a fécondé les plus grands travaux en sciences humaines : ceux de Foucault, Deleuze, Bourdieu, estime Frédéric Keck de l’Institut Marcel Mauss1, à Paris, qui a participé à l’édition de son œuvre dans « La bibliothèque de la Pléiade » aux éditions Gallimard. Elle a eu un rayonnement international éclatant, dont on a du mal à trouver l’équivalent dans la pensée française actuelle. »

Une méthode novatrice

Professeur au Collège de France, auteur de plus d’une vingtaine d’ouvrages, dont les célèbres Tristes tropiques, La pensée sauvage ou Mythologiques, et fondateur en 1960 du Laboratoire d’anthropologie sociale (LAS) commun au CNRS, au Collège de France et à l’EHESS de Paris, Claude Lévi-Strauss est surtout connu pour avoir introduit en anthropologie une méthode empruntée au domaine de la linguistique : le structuralisme.
Il ne s’agit plus d’étudier des phénomènes sociaux, les systèmes de parenté ou les mythes par exemple, comme des entités indépendantes ayant une signification propre, mais comme les éléments d’un système organisé, dont les liens seraient révélés par les différences et non les points communs, et d’en tirer des structures de pensée inconscientes communes à tous les êtres humains.

Les structures universelles de la pensée

« Le structuralisme a constitué une manière de sortir d’un certain déterminisme qui ne voyait dans les pratiques et les savoirs traditionnels des sociétés que des effets de leur environnement naturel ou social, explique Pierre Deléage, du LAS. Lévi-Strauss est parvenu à montrer l’importance, au moins égale, des structures universelles de la pensée dans la constitution de ces pratiques et de ces savoirs. » Des structures qu’il réunit dans le concept de « pensée sauvage », remplaçant ainsi celui de « mentalité primitive » qui a alors cours, symptôme d’une prétendue supériorité coloniale des savants sur les pratiques et les pensées des sociétés différentes de la leur 2.

Chez les Indiens du Mato Grosso

Comment Claude Lévi-Strauss a-t-il développé ses théories ? « Étrangement, il a fait assez peu d’études de terrain pour un ethnologue », reconnaît Michel Izard, directeur de recherche émérite au CNRS et ancien membre du LAS, qui participera à la manifestation au musée du Quai Branly. De fait, les thèses de Lévi-Strauss trouvent leur origine dans quelques missions ethnographiques qu’il effectue chez les Indiens du Mato Grosso, en Amazonie, de 1935 à 1938, alors qu’il est professeur à l’université de São Paulo, au Brésil. Et ce n’est qu’à son retour en France en 1948, après avoir passé les années de guerre aux États-Unis en tant qu’intellectuel réfugié, qu’il publie sa thèse doctorale sur « les structures élémentaires de la parenté », avec une thèse complémentaire sur la vie familiale et sociale des Indiens Nambikwara. Il ne retournera au Brésil que bien des années plus tard, en 1985, après sa retraite.

Un théoricien de génie

Claude Lévi-Strauss n’est donc pas homme de terrain. Il avoue lui-même ne pas avoir « le soin et la patience » pour cela3. Mais il est un théoricien de génie. « Tous ses articles, ses ouvrages, ont systématiquement entraîné de véritables réflexions anthropologiques, observe Michel Izard. Encore étudiant, j’ai assisté à ses séminaires à la Sorbonne. Nous étions transportés par un tel élan théorique. » Ce qui ne l’empêche pas d’avoir un regard très critique sur ses contemporains. Dans Tristes tropiques, paru en 1955, il écrit : « L’humanité s’installe dans la monoculture ; elle s’apprête à produire la civilisation en masse, comme la betterave. Son ordinaire ne comportera plus que ce plat. » Des mots qui, à l’heure de la globalisation, sonnent désespérément juste.

Fabrice Demarthon

1. Institut CNRS / EHESS Paris.
2. Lire Lucien Lévy-Bruhl, entre philosophie et anthropologie, Frédéric Keck, CNRS Éditions, 2008.
3. Extrait de De près et de loin, Claude Lévi-Strauss et Didier Eribon, aux éditions Odile Jacob, 1988.

Pour en savoir plus :

Un jour pour 100 ans
Le 28 novembre 2008, le musée du Quai Branly rend hommage à Claude Lévi-Strauss. Au programme : des lectures de ses plus grands textes par une centaine de personnalités, des projections de photographies et de films, des visites thématiques et guidées à la découverte des populations rencontrées par l’ethnologue. Pour cette journée exceptionnelle, le musée sera libre d’accès.
Renseignements : www.quaibranly.fr

Source : Le journal du CNRS


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