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Neurosciences et médecine : un test pour savoir si le patient est conscient

Date : 22 janvier 2009
Source : INSERM

Cerveau Crédit : Liz Henry@creativecommonsLes malades qui émergent d’un état inconscient - tels que le coma ou l’état végétatif – ou qui sortent de réanimation, incapables de parler et de se mouvoir, sont-ils conscients ou non ? Question cruciale pour les cliniciens. Afin de répondre, une équipe française vient de mettre au point un test combinant psychologie, perception auditive et enregistrement de l’activité cérébrale. Des travaux susceptibles de modifier le regard porté sur ces malades et de rechercher des modes de communication innovants.

Le cerveau stimulé auditivement

L’équipe de chercheurs a, dans un premier temps, mis au point un test basé sur l’étude de la réponse cérébrale à un stimulus auditif particulier, enregistrée au moyen d’un casque munis d’électrodes. Dans ce premier test, une activité électrique cérébrale spécifique est observée en réponse à l’émission d’un son différent après une série de sons identiques : (AAAAB par exemple, après une série de AAAAA). C’est ce que les chercheurs appellent une "violation de la régularité temporelle locale". Il est connu depuis les années 70 que notre cerveau génère dans cette situation des signaux électriques spécifiques, certains non conscients (Mismatch Negativity ou MMN) et d’autres correspondant à la prise de conscience d’une nouveauté (potentiel évoqué tardif ou composantes tardives de la réponse P300). Il est cependant très difficile d’isoler précisément ce qui relève de la prise de conscience.
Mais ce type de test ne permet pas de distinguer avec précision ce qui relève d’un traitement conscient ou inconscient. Comment distinguer alors un malade inconscient d’un malade conscient mais en incapacité de se mouvoir et de parler ?

Identifier les zones cérébrales activées

Les chercheurs ont alors mis au point un second test plus complexe, reprenant le principe de l’irrégularité locale en y ajoutant une irrégularité globale.Après avoir vérifié chez des sujets sains que la présence de cette réponse du cerveau était un marqueur très spécifique de l’état conscient, les chercheurs ont analysé par IRM fonctionnelle les réseaux cérébraux activés. Les résultats ont confirmé que la réponse cérébrale émise lors de ce second test activait spécifiquement les lobes frontaux et pariétaux du cerveau, zones connues pour être associées à un travail conscient.

Validation :  recouper ce test avec le diagnostic clinique

Enfin, les chercheurs ont validé ce test auprès de 8 malades. Quatre dans un état végétatif, c’est-à-dire présentant des cycles veille-sommeil mais aucune activité volontaire et intentionnelle lors des phases d’éveil, et quatre dans un état de "conscience minimale", état fluctuant de conscience souvent délicat à caractériser. Aucun des malades végétatifs n’a montré d’effet global, en accord avec leur évaluation clinique. Par contre, 3 des 4 patients en état de conscience minimale ont présenté un effet global, ce qui confirme là aussi le diagnostic clinique. Considérés dans leur ensemble, ces résultats montrent que ce test pourrait être utile chez les nombreux malades dont l’état de conscience est difficile à établir sur les seules bases de l’examen clinique.

Une méthode économique

Ces travaux innovants permettent de proposer une méthode assez simple d’usage et relativement peu coûteuse pour détecter l’existence d’un état conscient chez des individus non communicants ou dans les nombreuses situations difficiles à trancher sur la base des seules données cliniques. Les auteurs soulignent toutefois que ce test n’a de valeur prédictive que positif : la présence d’un effet global indique avec certitude un état conscient alors que son absence ne permet pas de tirer des conclusions négatives (le patient peut dormir durant le test ou présenter des troubles de la mémoire). Néanmoins, cet outil devrait permettre d’améliorer la prise en charge difficile de ces malades et notamment d’identifier au plus tôt leur retour à la conscience afin d’engager une communication avec eux.

Source : Inserm

Article à paraitre dans la prochaine édition avancé"e en ligne des PNAS : 
"Neural signature of the conscious processing of auditory regularities"  

Tristan Bekinschtein(1), Stanislas Dehaene(1,2), Benjamin Rohaut(1), François Tadel(1), Laurent Cohen(1,3,4), Lionel Naccache(1,3,4)

Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS) Early edition

(1) Inserm, Unité de neuroimagerie cognitive, Institut Fédératif de Recherche (IFR) 49, Gif-sur-Yvette, France
(2) CEA/I2BM, Centre Neurospin, Gif-sur-Yvette, France
(3) Assistance Publique - Hôpitaux de Paris, Groupe Hospitalier Pitié-Salpêtrière, Pôle des Maladies du Système Nerveux, Paris, France
(4) Université Pierre et Marie Curie Paris 6, Paris, France


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