Crise alimentaire : des outils pour stabiliser les prix
Depuis la libéralisation des agricultures, dans les années 1980 et ce jusqu’à la crise de 2008, la plupart des économistes pensaient que l’instabilité des prix n’était pas un problème. Il suffisait de permettre aux producteurs, aux commerçants et aux consommateurs de se couvrir contre le risque issu de l’instabilité des prix.
Les experts préconisaient alors l’utilisation d’instruments de gestion des risques privés, comme les marchés à terme ou les assurances récolte, ou publics, comme l’aide alimentaire ou les filets de sécurité ciblés sur les ménages les plus vulnérables.
Un double échec
Dans les pays en développement (PED), les instruments privés ne se sont pas développés, tout au moins pour les céréales et autres produits alimentaires de base. Quant aux instruments publics, basés sur la gestion des crises alimentaires, ils ne sont pas parvenus à enrayer la dégradation de la situation nutritionnelle des ménages pauvres.
Quatre catégories d’instruments
Une étude coordonnée par le Cirad révèle aujourd’hui que non seulement il est nécessaire de stabiliser les prix mais que cette stabilisation ne peut avoir lieu sans l’intervention des États.
Elle propose de classer les instruments en quatre catégories selon leur objectif - stabiliser les prix ou réduire les conséquences de l’instabilité des prix - et selon le type de gouvernance utilisée - par les marchés, ou publique.
Durant les 25 dernières années, seuls les instruments visant à réduire les conséquences de l’instabilité des prix étaient considérés comme légitimes (marchés à terme, aide alimentaire...). Les chercheurs montrent aujourd’hui la nécessité de mobiliser les deux autres catégories d’outils, permettant de stabiliser les prix, soit par une amélioration de la performance des marchés, soit par une intervention publique. Ils assurent, en outre, que les quatre catégories d’outils ne sont pas exclusives mais doivent plutôt être utilisées de façon complémentaire, en fonction des causes de l’instabilité.
Des causes mieux identifiées
Car c’est là une autre nouveauté : les chercheurs proposent une typologie des causes de l’instabilité. L’instabilité peut-être d’origine « naturelle », due par exemple aux aléas climatiques ou à l’action de ravageurs. Mais elle peut également, dans les PED, être « importée » des marchés internationaux ou « endogène », c’est-à-dire générée par le fonctionnement des marchés eux-mêmes (bulles spéculatives...).
La crise de 2007-2008 a notamment révélé l’importance des instabilités importée et endogène, qui jusqu’ici étaient peu prises en compte. Ainsi, les experts s’accordent à présent sur le fait que l’instabilité importée devrait augmenter très fortement dans les années à venir, en raison notamment de niveaux de stocks plus faibles qu’au cours des dernières décennies.
Des solutions concrètes selon le type d’instabilité
Comment alors, en pratique, est-il possible de stabiliser les prix afin de sécuriser les revenus des producteurs et commerçants et de susciter ainsi les investissements nécessaires à la modernisation de la production et des marchés ?
Pour les chercheurs, la réponse dépend du type d’instabilité.
Si celle-ci est importée des marchés internationaux, l’intervention de l’État est nécessaire. En effet, à l’échelle globale, la stabilisation des prix passe alors par la régulation des marchés internationaux. A l’échelle nationale ou régionale, il s’agit de contrôler les frontières de manière à compenser l’effet des variations des prix internationaux (autant que les règles de l’OMC le permettent car celles-ci prohibent les taxes variables sur les importations).
Lorsque l’instabilité est d’origine endogène, une intervention publique peut s’avérer nécessaire pour calmer la fièvre spéculative des marchés. Celle-ci peut passer par la règlementation des marchés, le recours au marché international ou encore l’utilisation d’un stock public.
Enfin, lorsque l’instabilité des prix a une origine naturelle, la solution consiste à prendre le problème « à la racine » en modernisant les structures de production et d’échange de biens alimentaires. Cependant, cette modernisation ne peut se produire qu’à long terme. Elle nécessite en outre une certaine stabilisation préalable des prix car la modernisation des exploitations agricoles et des marchés repose sur les investissements des producteurs et des commerçants. Or, ceux-ci sont réticents à investir lorsque les prix sont très instables. Cette stabilisation préalable des prix nécessitera donc l’utilisation d’instruments à effets rapides comme les stocks publics ou le contrôle des frontières.
Une intervention publique à délimiter
Précisons, enfin, que pour être efficaces, les politiques publiques de stabilisation des prix doivent à la fois faire preuve de réalisme, de transparence et de crédibilité. Il s’agit donc de définir une fourchette de prix suffisamment large et flexible délimitant les seuils d’intervention de l’État. Ces « prix d’intervention » doivent être annoncés, crédibles et respectés sans quoi l’intervention publique risque d’accroître l’incertitude des opérateurs de marché au lieu de la réduire.
Source : Cirad
Pour en savoir plus :
L’article de Franck Galtier, économiste au Cirad, publié dans le numéro de novembre du magazine Perspective (PDF)
Le site de l’Institut de recherche et d’application des méthodes de développement (Iram)
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