Les églises oubliées de Propriano
A Propriano (Corse du Sud), les archéologues de l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) viennent de mettre au jour, sur prescription de l’État, un ensemble d’églises et une nécropole antique. Devant l’intérêt scientifique de ces découvertes, une prolongation des fouilles a été financée. De quoi éclairer les origines encore méconnues de la Corse chrétienne.
Deux églises
Les archéologues ont dégagé deux églises successives emboitées. La plus récente, probablement du début du premier Moyen-Âge, conservée sur plus d’un mètre de haut, présente une nef de 11 m sur 5,60 m prolongée au sud-est par une abside. Cette chapelle a été édifiée sur les ruines d’une église antérieure, actuellement attribuée au début du VIIe siècle de notre ère.

Cette première église est plus vaste - 16 m de long et 8,50 m de large - et l’essentiel de ses aménagements liturgiques ont été conservés de manière exceptionnelle. Ainsi, le sol maçonné du cœur, la base d’un autel et une banquette périphérique destinée au clergé (banc pour la scola) sont encore visibles. Dans la nef, deux murets parallèles ont également été dégagés et semblent délimiter un couloir menant au cœur, comme cela avait déjà été remarqué dans la basilique paléochrétienne de Mariana (Lucciana) près de Bastia. Les dimensions de l’édifice, ses aménagements, sont peut-être les signes du siège d’un évêché, toutefois aucune source écrite ne le confirme.
Au nord, un presbytère, détruit par un incendie, est relié à la chapelle par un escalier aménagé dans l’épaisseur de son mur.
Vers l’est, un ensemble de murs et un bâtiment circulaire de 6,50 m de diamètre intérieur semblent appartenir à un état antérieur. La découverte d’une boucle de ceinture byzantine dans la tranchée de fondation situe la construction du bâtiment à partir du milieu du VIe siècle.
Enfin à l’ouest, la construction récente d’un hangar a détruit partiellement un troisième bâtiment à abside, dont on distingue les murs d’une nef, le négatif d’une base d’autel. Il pourrait s’agir d’une chapelle sépulcrale en liaison avec la nécropole ou la première église.
La nécropole
Elle se compose de 72 sépultures, le plus souvent sous bâtières de tuiles, parfois en coffre de pierres ou de briques pour les adultes, en amphore cylindrique d’origine africaine pour les enfants. Ces sépultures en amphore sont nombreuses et parfois associées à une tombe en bâtière. Les dépôts d’offrande se composent de quelques flacons de verre et de monnaies, pour la plupart attribuable au IVe siècle de notre ère. La dernière phase d’occupation de la nécropole est attestée par un ensemble de sépultures en pleine terre disséminées. Cette importante zone sépulcrale urbaine révèle que Propriano était durant l’antiquité une véritable agglomération.
Redécouvrir l’histoire de Propriano
Les églises de Propriano sont probablement tombées dans un oubli total dès le Moyen Âge et même la toponymie n’en garde trace. Aucune mention n’est faite d’une agglomération ou d’un port à cet endroit sur la carte antique de Ptolémée, ni sur celle d’Antonio Magnani, antérieure à 1536. Il faudra attendre 1860, pour que ce simple hameau de pêcheurs dépendant de Fozzano, devienne une commune à part entière.
Aujourd’hui, cette découverte archéologique relance l’histoire largement méconnue de Propriano durant les périodes anciennes. Port et agglomération jusqu’au IVe siècle de notre ère, Propriano décline lors des invasions vandales du milieu du Ve siècle, connaît un renouveau et voit l’édification de lieux de culte lors de l’arrivée des évêques exilés d’Afrique du nord à partir de 484, puis de la reconquête byzantine au milieu du VIe siècle. Elle subit alors les invasions sarrasines qui se multiplient à partir du milieu du VIIIe et jusqu’au XIe siècle et entrainent le repli de certaines zones littorales.
Source : Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap)








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