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Un troisième sexe

Date : 31 mars 2010

Phillyrea angustifolia Crédits : Giancarlodessi@creativecommonsDes chercheurs du laboratoire de Génétique et évolution des populations végétales (CNRS/Université de Lille 1) et du Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive (CNRS/Université de Montpellier 1, 2 et 3/ENSA Montpellier/CIRAD/Ecole pratique des hautes études) ont découvert, chez une espèce proche de l’olivier, Phillyrea angustifolia L., un système de reproduction inconnu jusqu’à ce jour caractérisé par des relations d’incompatibilité entre plantes hermaphrodites.

Deux groupes d’hermaphrodites non distinguables morphologiquement

Ce nouveau mode de reproduction explique le mystère des fréquences élevées (jusqu’à 50%) d’individus mâles en mélange avec des individus hermaphrodites chez cette espèce. Les individus hermaphrodites dont les fleurs portent les organes mâles et femelles, se répartissent en deux groupes non distinguables morphologiquement. Les plantes de chaque groupe sont inter-stériles (elles ne peuvent se féconder entre elles) mais sont complètement fertiles avec celles de l’autre groupe.

Un système équilibré

Dans un tel système, une plante hermaphrodite ne peut féconder qu’un hermaphrodite sur deux alors qu’un mâle peut féconder tous les hermaphrodites de la population. Le handicap lié à la perte de la fonction femelle chez les individus mâles (également appelés femelle-stériles pour marquer ce désavantage) qui les conduit à ne transmettre leurs gènes que par les gamètes mâles (et non par les gamètes mâles et les gamètes femelles comme c’est le cas chez les hermaphrodites) est immédiatement contrebalancé.

D’autre part, cette incompatibilité inter-hermaphrodites à deux groupes morphologiquement identiques est peut-être un mode de reproduction clé, à l’origine d’espèces à sexes séparés chez les plantes, via des systèmes de reproduction « intermédiaires ». En effet, dans le contexte général de l’évolution des systèmes de reproduction à partir de l’hermaphrodisme vers la dioécie (système où les sexes sont portés par des individus différents), les systèmes mixtes chez lesquels on observe la présence dans la même espèce de femelles et d’hermaphrodites (gynodioécie) ou la présence de mâles et d’hermaphrodites (androdioécie) sont considérés comme intermédiaires et dérivés de l’hermaphrodisme.

Une découverte inattendue

Cependant, jusqu’à présent, les exemples empiriques montraient tous que l’androdioécie avait évolué à partir de systèmes dioïques grâce à l’acquisition d’une fonction mâle par les femelles et non à partir des systèmes hermaphrodites via la perte de la fonction femelle chez certains hermaphrodites. Ce travail montre pour la première fois que le passage de l’hermaphrodisme à l’androdioécie2 est possible.

Cette découverte, chez des plantes hermaphrodites d’un système d’incompatibilité à seulement deux groupes non distinguables morphologiquement est tout à fait inattendue. L’un des défis des chercheurs est maintenant d’expliquer d’un point de vue fonctionnel le maintien à deux du nombre de groupes d’incompatibilité.

Source : Centre national de la recherche scientifique (CNRS)

Notes :

1 Système où les sexes sont portés par des individus différents
2 Présence au sein des populations d’une même espèce d’individus hermaphrodites et d’individus mâles

Réference :

A Self-Incompatibility System Explains High Male Frequencies in an Androdioecious Plant, P. Saumitou-Laprade, P. Vernet, C. Vassiliadis, Y. Hoareau, G. Magny (de), B. Dommee, J. Lepart, Science, 26 mars 2010.

Pour en savoir plus :

Le Laboratoire de Génétique et évolution des populations végétales

Le Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive

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