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Bisphénol A et reproduction : les experts planchent

Date : 07 juin 2010
Source : INSERM

Structure du bisphénol A Crédits : domaine public@edgar181

Le bisphénol A (ou BPA), est un composé chimique de synthèse utilisé dans la fabrication industrielle des plastiques de type polycarbonates et des résines époxy.

Où se cache-t-il ?

Les polycarbonates sont présents dans un grand nombre d’objets courants (CD, lunettes, certaines bouteilles plastiques, biberons) ; on retrouve les résines époxy dans les revêtements intérieurs des boîtes de conserve ou les composites dentaires. Le bisphénol A entre également dans la composition du PVC et de certains plastifiants, dans les papiers thermosensibles et dans la fabrication des substances ignifugeantes capables de retarder la combustion des matières plastiques et textiles.

Le bisphénol A est actuellement classé en tant que substance reprotoxique de catégorie 3, c’est-à-dire jugée "préoccupante pour la fertilité de l’espèce humaine" en raison "d’effets toxiques possibles" mais non démontrés sur la reproduction. Les évaluations de risque réalisées à la demande des agences sanitaires internationales ont conduit à définir une dose journalière admissible de 50 µg de BPA par kg de poids corporel et par jour, soit 2,5 mg par jour pour un individu de 50 kg.

Où en sont les recherches ?

Au cours des dernières années, un nombre croissant de travaux menés dans des laboratoires de recherche académiques ont documenté des effets divers du BPA sur la reproduction. Ces travaux ne permettent pas à l’heure actuelle d’avoir des certitudes sur la toxicité du BPA ; ils constituent néanmoins des signaux d’alerte pour les pouvoirs publics et les agences sanitaires.

Face aux interrogations de la société sur la dangerosité du bisphénol A, la Direction générale de la santé a sollicité l’Inserm pour une analyse de ses effets sur la fonction de reproduction. L’Inserm a réuni un groupe pluridisciplinaire d’experts composé d’épidémiologistes, de toxicologues, de chimistes, d’endocrinologues, de biologistes spécialistes de la reproduction, du développement et de la génétique moléculaire, afin de mener une analyse critique de la littérature scientifique internationale publiée sur ce sujet. A partir d’environ 300 articles, le groupe a rédigé un rapport consultable sur le site de l’Inserm. Ce rapport préliminaire s’inscrit dans une expertise collective évaluant plus généralement les effets d’un certain nombre de substances chimiques sur la reproduction et qui sera publiée à l’automne 2010.

A quelle quantité de bisphénol A sommes-nous exposés ?

D’après les données de l’industrie, la production mondiale de bisphénol A est supérieure à 3 millions de tonnes par année, dont 700 000 tonnes produites dans l’Union européenne. En 2006, 1,15 million de tonnes de BPA ont été utilisées en Europe. Selon les agences sanitaires internationales, la principale source d’exposition de la population générale est alimentaire. Elle résulte du passage du BPA dans l’aliment ou la boisson à partir des polymères plastiques et résines époxy utilisés pour les emballer ou les contenir. Chez l’adulte, certains auteurs estiment que la consommation de boissons contenues dans des bouteilles en polycarbonates, d’aliments en conserve ou de denrées chauffées au four à micro-ondes dans leur emballage entraîne une ingestion moyenne de 0,03 μg de BPA par kg de poids corporel et par jour.

Dans son avis de janvier 2010, l’Afssa estime, d’après les données de la littérature, que l’exposition des nourrissons résultant à la fois du biberon et de l’emballage du lait maternisé se situerait entre 0,2 et 2 μg de BPA par kg de poids corporel et par jour. Les autres sources de contamination, telles que la manipulation de papiers thermosensibles ou l’inhalation de poussières contaminées par le BPA, sont estimées négligeables à ce jour en population générale. Toutefois, des dérivés du BPA utilisés en tant que composites dentaires induisent des taux salivaires élevés en BPA chez les patients. Ces données suggèrent que d’autres voies d’exposition ou encore l’exposition à certains dérivés du BPA doivent également être envisagées. Les mesures de BPA effectuées dans le sang, l’urine, le lait maternel et d’autres tissus indiquent que plus de 90 % des personnes vivant dans les pays occidentaux sont exposées au BPA. D’après une
étude allemande, les enfants (3-5 ans) constituent le sous-groupe présentant la plus forte imprégnation, avec un taux urinaire moyen de 3,5 μg/l. Toutefois, les taux urinaires observés chez l’adulte comme chez l’enfant correspondent à une exposition très inférieure à la dose journalière admissible.

Que nous apprennent les études toxicologiques menées chez l’animal ?

Les deux principales études de toxicité menées chez le rat et la souris selon les lignes directrices de l’OCDE2 n’ont pas mis en évidence d’effets significatifs sur la reproduction chez les mâles, les femelles et leur descendance, après une exposition au BPA dès la gestation et sur plusieurs générations, à des doses comparables à une exposition environnementale chez l’homme.
Cependant, au cours des dernières années, plusieurs travaux réalisés dans des laboratoires de recherche académiques sur différentes souches de rats et de souris, et à partir de protocoles expérimentaux diversifiés, ont attiré l’attention sur des effets peu étudiés jusqu’alors et surtout sur des périodes d’exposition particulières. De faibles taux de BPA (supérieurs à la limite de détection de 0,5 μg/l) ont été retrouvés dans le placenta, le liquide amniotique et le foetus chez les rongeurs et dans l’espèce humaine ; le BPA est donc capable de passer la barrière placentaire et d’atteindre le foetus.

Ces études mettent l’accent sur les conséquences possibles d’une exposition au BPA in utero et pendant la lactation, susceptible d’interférer directement avec le développement de l’embryon puis du foetus et d’engendrer des effets à long terme sur la reproduction du jeune et de l’adulte (mâle ou femelle). Chez la femelle, les études montrent que le BPA peut induire une puberté précoce, des altérations de l’utérus, du vagin et de l’ovaire. Chez le mâle, certaines études révèlent des effets du BPA sur l’appareil génital (diminution de la production de spermatozoïdes, hypotrophie testiculaire, hypertrophie prostatique...) et sur la fertilité (diminution de la taille des portées...). Par ailleurs, des anomalies du comportement maternel et du comportement sexuel dans les deux sexes sont observées après une exposition in utero.
La transmission de certains de ces effets à la descendance des animaux exposés suggère que le BPA peut induire des altérations de l’information génétique et perturber l’expression de gènes.
Chez les vertébrés aquatiques, le BPA peut modifier l’action des hormones sexuelles et provoquer des inversions partielles du sexe ainsi que des anomalies du développement embryonnaire, à des doses compatibles avec les quantités retrouvées dans certaines rivières.

2 Bonnes Pratiques de Laboratoire définies par l’OCDE afin d’assurer l’obtention de données d’essai fiables et de grande qualité sur la sécurité des substances et préparations chimiques industrielles.

- Quels sont les effets observés sur les tissus des animaux exposés ?

- Les effets observés chez l’animal sont-ils retrouvés dans l’espèce humaine ?

- Quels principaux enseignements peut-on tirer des travaux analysés ?

- Quelles recherches mener pour compléter les évaluations de risque ?

Lire les réponses à ces questions sur le communiqué publié par l’Inserm (pdf)

Source : Institut national de la santé et de la recherche médicale

Pour en savoir plus :

Bisphénol A : une action démontrée sur les intestins

 


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