Science.gouv.fr

zoom_plus
Vous êtes ici
Accueil > Actualités

Le Sardine run : une course folle pour la survie de l’espèce

Date : 19 novembre 2010
Source : IRD

De gigantesques bancs de sardines, assaillis sans relâche par toutes sortes de prédateurs : requins, dauphins, otaries, baleines, oiseaux, pêcheurs... le Sardine run offre chaque année, entre mai et juillet, un fabuleux spectacle au large des côtes sud-africaines. Bien connue du grand public, cette grande migration demeure mal comprise des scientifiques. Des chercheurs de l’IRD et leurs partenaires( 1) ont analysé les différentes hypothèses avancées pour l’expliquer. S’agit-il d’un comportement « relique » hérité du dernier Age de glace, à l’époque où les sardines vivaient plus au Nord ? Les poissons retournant pondre chaque année à l’endroit qui les a vus naître, ce long périple aurait perduré jusqu’à aujourd’hui. Ou bien, autre hypothèse, un banc se serait-il égaré de sa route ordinaire de migration saisonnière ? Sa descendance se multipliant d’année en année, il constituerait à présent le Sardine run . Ces travaux permettent de mieux comprendre cet extraordinaire phénomène de masse.


carte © IRD / Laurent Corsini Chaque année, entre mai et juillet, des millions de sardines remontent le long de la côte est sud-africaine pour aller pondre plus au Nord : c’est le spectaculaire Sardine run . Requins, dauphins, otaries, baleines, thons, oiseaux, pêcheurs... les attaquent sans relâche lors de cette course folle, voire suicidaire. Pourquoi les sardines bravent-elles tous ces dangers ? Comment cette migration obstinée est-elle née ? Le phénomène stimule l’imagination des scientifiques depuis des décennies. De nombreuses hypothèses, souvent contradictoires, ont été avancées. Des chercheurs de l’IRD et leurs partenaires( 1) ont passé en revue ces différentes théories et les ont testées en croisant les données biologiques, acoustiques, océaniques et satellitaires.

L’éternel retour au lieu de naissance

Seule une partie, plus ou moins importante, de la population de sardines sud-africaines, entreprend ce long périple, depuis le Banc des Aiguilles jusqu’au large de Durban, plus au Nord, dans la province du Kwazulu-Natal. Comme pour les manchots empereurs en Antarctique, les saumons dans les rivières ou encore les antilopes à travers les déserts africains, un seul but les anime : la perpétuation de l’espèce. Leur instinct de reproduction prime sur leur instinct de survie et les pousse à surmonter tous les défis pour retourner pondre dans la région qui les a vues naître. La logique est implacable : si cette stratégie, appelée Homing , a fonctionné pour elles, elle réussira aussi à leur descendance. Au final, le bilan de population leur donne raison : le grand succès reproductif l’emporte sur la forte mortalité lors de la migration. Pondre plus au Nord, en amont des courants marins, assure en effet un bien meilleur rendement : les œufs, puis les larves, ont ainsi le temps de se développer avant d’arriver sur le Banc des Aiguilles. Ce dernier constitue un milieu extrêmement dispersif, où les œufs ou les larves risqueraient fortement d’être transportés vers le large, hors des eaux continentales, et donc perdus pour l’espèce.

Oiseaux © Univ. Kwazulu-Natal / Vic Peddemors Oiseaux © Univ. Kwazulu-Natal / Vic Peddemors - Malgré les dangers, l’instinct de reproduction des sardines leur dicte de retourner pondre dans la zone où elles-mêmes sont nées, au large de Durban en Afrique du Sud. Tout au long de cette grande migration vers le Nord, elles sont attaquées sans relâche par toutes sortes de prédateurs : oiseaux, requins, thons, pêcheurs...


L’imprégnation : le sixième sens des sardines

Comment les sardines retrouvent-elles chaque année le lieu précis de leur naissance ? Dans un premier temps, les œufs, grâce à des échanges poreux à travers la membrane, puis les larves sont imprégnés, sans doute de manière olfactive, par l’écosystème marin local ou par des apports continentaux comme les rivières. Une fois adulte, les sardines, guidées par les stimuli chimiques liés à l’environnement local, font également preuve d’une exceptionnelle faculté sensorielle pour retrouver l’endroit exact où elles sont nées, dans le Kwazulu-Natal.

Héritage « culturel » ou égarement ?

Sardines © Univ. Kwazulu-Natal / Vic Peddemors Comment les sardines se sont-elles fixées si haut vers Durban, dans un milieu particulièrement hostile pour elles ? Les chercheurs ont retenu deux hypothèses comme étant les plus plausibles.
Premièrement, cette migration serait un comportement « relique », sans doute hérité du dernier âge de glace. A cette époque, les sardines, qui affectionnent une eau entre 18 et 22°C, vivaient plus au Nord, au large du Kwazulu-Natal, où l’océan était plus froid qu’aujourd’hui. Puis, lors de la dernière déglaciation, les mers se sont globalement réchauffées. Les poissons ont ainsi dû migrer vers le Sud, plus près du pôle. Mais chaque année, à la période de reproduction, ils auraient continué à venir pondre au même endroit. C’est pourquoi, cette migration saisonnière ancienne perdurerait.

La seconde théorie stipule qu’un banc se serait à un moment donné égaré de sa route de migration ordinaire. Suite à des conditions océaniques inhabituelles ou à une défaillance d’orientation des sardines, leur dérive les aurait conduites jusqu’au Kwazulu-Natal et aurait donné lieu à un exceptionnel succès reproductif. Deux ans plus tard, la nombreuse descendance de ce banc, arrivée à maturité, aurait répété ce grand voyage. D’année en année, la population va ainsi croître, jusqu’à engendrer les gigantesques bancs que l’on connaît aujourd’hui.

Les efforts fournis par la communauté scientifique au cours des cinq dernières décennies, résumés par ces travaux, ont substantiellement amélioré la compréhension des processus écologiques associés au Sardine run . Ce dernier attire à quelques centaines de mètres de la côte de nombreux prédateurs supérieurs tels que requins, dauphins, baleines et thons, et génère une intense activité de pêche, mais aussi, de par son caractère spectaculaire, de tourisme. Comprendre comment est né cet extraordinaire phénomène animal et pourquoi il persiste répond donc à d’importants enjeux économiques pour les populations locales.

Notes :

1. Ces travaux ont été réalisés en collaboration avec les départements de l’agriculture, de la foresterie et des pêches et des affaires environnementales sud-africains, des universités du Cap et du Kwazulu-Natal en Afrique du Sud et du South African Institute for Aquatic Biodiversity.

Rédaction DIC :
Gaëlle Courcoux

Source :
Fiche d’actualité scientifique n° 361, "Le Sardine run : course folle pour la survie de l’espèce", novembre 2010, site internet de l’Institut de Recherche pour le Développement
Télécharger la fiche d’actualité scientifique n°361 (PDF, 1445 Ko)

 


Voir le site
 
 
 
  Retour en haut de page