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Connaître le choléra : épidémiologie, symptômes, prévention et traitements

Date : 01 décembre 2010
Source : Institut Pasteur

Molécules de la toxine de choléra ©Inserm, Legrimellec, Christian & Emmanuel, PierreAlors qu’une épidémie de choléra particulièrement violente touche le territoire haïtien depuis la mi-octobre(1), science.gouv vous propose de comprendre cette maladie, quelle est son origine, comment elle se transmet et se manifeste, comment la prévenir et la traiter.

« Nous buvons 90 % de nos maladies » disait Pasteur.

Jusqu’à la première guerre mondiale, des épidémies de choléra sévissaient partout en Europe, faisant chaque année des milliers de victimes. Dès 1854, le docteur Snow démontrait le rôle de l’eau dans l’épidémie de choléra de Londres. Promoteur de l’épidémiologie de terrain, il établit une carte de la résidence des cas de choléra et remarqua qu’ils se concentraient autour d’un point d’eau public de Broad Street. Suspectant le rôle de l’eau délivrée par cette pompe dans la diffusion de l’épidémie et confronté à l’incrédulité des autorités auprès desquelles il formulait cette hypothèse, il scia le bras de la pompe de Broad Street afin d’en empêcher l’usage. L’épidémie déclina rapidement. Les recherches ultérieures confirmèrent le rôle de l’eau dans la dissémination du vibrion cholérique.

L’incidence du choléra dans le monde

Aujourd’hui, l’Afrique est le continent le plus touché au vu du nombre de cas signalés. En 2007, 177 963 cas dont 4031 mortels, ont été déclarés à l’Organisation Mondiale de la Santé par 53 pays, appartenant à tous les continents à l’exception de l’Amérique centrale et de l’Amérique du Sud. Le taux global de létalité est de 2,3%, pour l’année 2007, mais a atteint jusqu’à 35% parmi les groupes vulnérables résidant dans des zones à haut risque de choléra. Des chiffres bien en dessous de la réalité en raison de la sous-notification des cas, et des insuffisances des systèmes de surveillance. C’est ainsi que, uniquement au Bangladesh, le nombre estimé de cas de choléra survenant chaque année est compris entre 100 000 et 600 000.

Le choléra est une maladie diarrhéique épidémique, strictement humaine, due à des bactéries appartenant aux sérogroupes O1 et O139 de l’espèce Vibrio cholerae, un bacille isolé en 1883 par Koch en Egypte. Vibrio cholerae sérogroupe O1 est répandu sur toute la planète, qui subit actuellement la 7° pandémie de choléra

Epidémiologie

Le choléra est resté confiné au sous-continent indien jusqu’en 1817. Cette date marque le début de la première pandémie cholérique qui a envahi l’Asie, le Moyen-Orient, et une partie de l’Afrique. D’autres pandémies se sont succédées, ayant toutes l’Asie comme point de départ, atteignant tous les continents et progressant de plus en plus rapidement avec l’amélioration des moyens de transport. Nous sommes actuellement dans la 7° pandémie qui, partie de l’Indonésie en 1961, a envahi l’Asie (1962), puis le Moyen-Orient et une partie de l’Europe (1965), et s’est ensuite étendue en 1970 au continent africain, et en 1991 à l’Amérique Latine.

C’est en Afrique que la situation est la plus préoccupante actuellement. Les conflits et les mouvements de masse de réfugiés favorisent les épidémies : on estime que le choléra aurait tué 23 800 personnes en quelques semaines dans les camps de réfugiés rwandais installés en juillet 1994 à Goma au Congo. Nombre de pays sont touchés régulièrement par des flambées dévastatrices de cette maladie, comme actuellement le Zimbabwe.

Jusqu’en 1992, Vibrio cholerae O1 était le seul agent connu du choléra. Cette année-là, une souche, appartenant à un nouveau sérogroupe - O139 - est apparue en Inde et au Bangladesh. Ce vibrion est aujourd’hui responsable d’épidémies dans plusieurs pays d’Asie et pourrait être à l’origine d’une huitième pandémie cholérique.

Transmission

Le vibrion cholérique est une bactérie très mobile, aux exigences nutritionnelles modestes, dont l’homme est le principal réservoir. La maladie résulte de l’absorption par la bouche d’eau ou d’aliments contaminés. Une fois dans l’intestin, les vibrions sécrètent notamment la toxine cholérique, principale responsable de l’importante déshydratation qui caractérise l’infection : les pertes d’eau et d’électrolytes peuvent atteindre 15 litres par jour. L’homme joue à la fois le rôle de milieu de culture et de moyen de transport pour le vibrion cholérique. Les selles diarrhéiques libérées en grande quantité sont responsables de la propagation des bacilles dans l’environnement et de la transmission oro-fécale. De plus, la période d’incubation favorise le transport des vibrions sur de plus ou moins longues distances.
Les principaux facteurs favorisants la transmission de l’infection sont le niveau socio-économique et les conditions de vies des populations. Les fortes concentrations de population associées à une hygiène défectueuse jouent un rôle important dans l’apparition et le développement d’une épidémie de choléra.

Symptômes et traitement

L’incubation - de quelques heures à quelques jours - est suivie de violentes diarrhées et de vomissements, sans fièvre. En l’absence de traitement, la mort survient en 1 à 3 jours, par collapsus cardio-vasculaire dans 25 à 50% des cas. La mortalité est plus élevée chez les enfants, les personnes âgées et chez les individus fragilisés.
Le traitement consiste essentiellement à compenser les pertes digestives d’eau et d’électrolytes. L’amélioration qui fait suite à la réhydratation est perceptible au bout de quelques heures et la guérison, sans séquelle, est obtenue en quelques jours.
L’antibiothérapie peut être utile dans les cas graves, mais l’émergence de souches de vibrions cholériques multirésistantes aux antibiotiques en limite l’indication.
Les mesures d’hygiène générale sont essentielles dans la lutte contre le choléra, impliquant une véritable mobilisation sanitaire en cas d’épidémie, et un développement de l’éducation sanitaire dans les pays où le choléra sévit régulièrement. Mais il est prévisible que cette élévation du niveau d’hygiène ne sera pas réalisée avant plusieurs décennies dans les pays atteints par le choléra. Il est donc absolument nécessaire de disposer d’un vaccin efficace, sans danger et offrant une protection durable.

Vaccination

Le seul vaccin anticholérique oral actuellement disponible sur le marché international n’a qu’une efficacité partielle. Son utilisation est donc recommandée par l’OMS "uniquement" comme un des moyens de prévention du choléra dans les populations considérées à risque d’épidémie dans les 6 mois à venir.
L’OMS considère l’utilisation des vaccins anticholériques oraux comme outils de santé publique potentiellement utiles en complément des mesures de prévention classiques. Il est cependant important de souligner qu’il n’existe pas aujourd’hui de vaccin induisant une protection à long terme contre le choléra, et il est de plus important de noter que les vaccins existants ne protègent que contre Vibrio cholerae O1, et non contre Vibrio cholerae O139. La menace que représente aujourd’hui le choléra, les difficultés de mise en œuvre des mesures d’hygiène et d’assainissement rencontrées dans de nombreux pays, montrent qu’il est plus que jamais nécessaire de disposer de moyens de lutte efficaces contre le choléra. Il reste donc indispensable de poursuivre les recherches sur la vaccination anticholérique.

A l’Institut Pasteur

Des bandelettes de diagnostic rapide du choléra ont été mises au point et produites dans les Instituts Pasteur de Paris et de Madagascar. Elles permettent d’effectuer un diagnostic en quelques minutes au chevet du malade. Ce test pourrait être un outil important pour les épidémiologistes et devrait améliorer la surveillance du choléra dans les régions reculées..

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Mars 2009

(1) Selon un bilan disponible sur le site du ministère haïtien de la Santé le 30/11/10, l’épidémie de choléra qui sévit en Haïti depuis la mi-octobre a fait 1.751 morts. Au total, 77.208 personnes ont été touchées par cette maladie très contagieuse et 34.248 personnes ont été hospitalisées. La bactérie a été rapprochée d’une souche trouvée en Asie et les experts s’accordent à penser que l’épidémie n’est pas d’origine locale.

Crédits photographiques : Molécules de la toxine de choléra ©Inserm, Legrimellec, Christian & Emmanuel, Pierre

Liens :
Fiche sur les maladies infectieuses : le Choléra, site de l’Institut Pasteur.
Choléra : comment un parasite rend une bactérie pathogène ?, communiqué de presse du 6 septembre 2005, Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS)
Les ressources sur le choléra de l’Institut de Veille Sanitaire (INVS)

 

 

 

 
 
 
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