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Le secteur du raffinage pétrolier face à une nouvelle donne

Date : 07 décembre 2010
Source : IFP Energies Nouvelles

White smoke clouds above oil refinery Licence Creative Commons Horia Varlan☆L’industrie du raffinage connaît aujourd’hui des difficultés, suite à la crise économique et à la baisse de la demande mondiale de pétrole. Croissance de la demande modérée aux Etats-Unis, stagnation en Europe mais avec des perspectives de décroissance, maintien durable de la diésélisation du parc automobile, forte croissance de la consommation de produits pétroliers en Asie, renforcement des réglementations environnementales sont les nouvelles donnes auxquelles le secteur doit s’adapter.

Constancio Silva, ingénieur économiste à la direction Economie et Veille d’IFP Energies nouvelles répond à nos questions.

Quelle est la situation mondiale du raffinage ?

La crise économique mondiale et la baisse de la consommation de pétrole qui a suivi ont provoqué une détérioration de l’activité du raffinage ces deux dernières années : surproduction de produits raffinés sur le marché et, en corollaire, baisse des marges. Ces évolutions conjuguées à une réglementation environnementale de plus en plus sévère, notamment en Europe, sur les spécifications des produits, les normes d’émissions et les futures quotas de CO2 des raffineries, imposent d’adapter l’outil de raffinage avec des défis technologiques et des surcoûts importants. Les résultats financiers de la branche raffinage des compagnies pétrolières se sont nettement dégradés en 2009 avec cependant une tendance à l’amélioration en 2010.

La situation est-elle la même partout dans le monde ?

Non, effectivement, les situations sont contrastées selon les régions. En Asie-Pacifique, l’activité n’a pas ralenti. En Chine et en Inde, elle progresse même fortement : la consommation augmente de 6,7 % et 3,7 % tandis que les capacités de raffinage progressent de 10,5 % et 19,5 %, respectivement dans chacun des pays. Les Etats-Unis et l’Europe connaissent de leur côté une contraction de la demande de produits pétroliers associée à une quasi-stabilité, voire une légère diminution des capacités de raffinage. Les projets de nouvelles raffineries sont donc situés aux trois quarts en Asie. Le déplacement des investissements des zones historiquement les plus actives - les pays de l’OCDE - vers les nouveaux pays émergents est une tendance de fond qui va se poursuivre dans les années à venir.

Pourquoi dit-on que les installations de raffinage en Europe ne sont plus adaptées à la demande ?

L’industrie européenne du raffinage produit globalement trop d’essence et pas assez de gazole. Résultat : nous devons importer ce dernier essentiellement de Russie. Quant au surplus d’essence, jusqu’à présent il était exporté vers les Etats-Unis mais le changement de politique américaine, favorisant notamment les biocarburants (éthanol) et les véhicules plus économes, ainsi que le ralentissement de la croissance économique diminuent ce débouché traditionnel.

Pourquoi ne pas adapter les raffineries européennes aux évolutions de la consommation ?

Les adaptations nécessaires pour faire face à la diésélisation croissante du parc automobile exigent de très lourds investissements. En particulier, cela nécessiterait la construction de ce qu’on appelle des hydrocraqueurs qui permettent de convertir les produits pétroliers lourds (distillat sous vide) en produits légers tels que le gazole ou le kérosène, sans pour autant que cette solution ne supprime totalement les surplus d’essence. Aujourd’hui, dans un contexte morose de marge faible, la rentabilité économique de tels efforts d’investissements est loin d’être avérée. En outre, les incertitudes sur la poursuite à long terme de la diésélisation du parc automobile, le calendrier des nouvelles normes (OMI) sur la teneur en soufre des soutes maritimes et sur l’impact de la phase 3 (2013-2020) des allocations de quotas de CO2 sont également des facteurs limitant pour le lancement de gros investissements. Et ce, d’autant qu’il faut faire face à la concurrence de l’Asie et de la Russie qui augmentent leurs capacités d’exportation, en distillats moyens (gazole et fioul domestique).

Quel avenir pour l’industrie européenne du raffinage ?

Un nouvel équilibre reste à établir entre l’outil de raffinage et la demande interne. Aujourd’hui toutes les options restent ouvertes mais certaines compagnies pétrolières ont déjà commencé à restructurer leur appareil industriel pour l’ajuster à un environnement en mutation aussi bien avec l’annonce de fermetures de sites industriels qu’avec la programmation de nouveaux investissements.

Liens pour approfondir :
Le pétrole : Le raffinage, une étape clé
Etude : Les investissements en exploration-production et raffinage en 2010

A voir aussi :
Une histoire du pétrole : conférence "Le pétrole" de Jean-Marie Chevalier du 18 février 2010, appartenant au cycle "Histoire mondiale de la colonisation : les matières premières" de l’Université populaire du quai Branly.

Source :
La situation mondiale du raffinage, site internet de l’IFP Energies Nouvelles

 


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