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Le point sur l’expédition Tara : aidons les Océans à recouvrer l’équilibre !

Date : 13 juillet 2011

Les scientifiques se relaient sur la goélette TARA pour étudier la vie microscopique des océans. Alors que le bateau est au mouillage aux îles Gambier (Polynésie française) pour observer les récifs coralliens, Etienne Bourgois et Eric Karsenti, co-directeurs, font le point sur l’expédition Tara Oceans. Quel est le programme scientifique à terre dans les années à venir ? Quels grands défis se préparent pour le projet Tara Expéditions ?

Pouvez-vous faire un point sur l’expédition ?

Etienne Bourgois : Actuellement aux îles Gambier, Tara continuera ensuite sa route vers Papeete qu’il atteindra à la mi-août. Ce sera le point le plus à l’Ouest de l’expédition et le plus loin de la France métropolitaine.
Nous avons fêté ces derniers jours notre 400ème mise à l’eau de l’instrument phare de l’expédition, la rosette-CTD, en 113 stations de prélèvements effectués. C’est un travail considérable.
Eric Karsenti : Nous avons réussi toute la mise au point de l’échantillonnage, la collecte fonctionne bien, les laboratoires impliqués récupèrent correctement les données et les échantillons à la fois du plancton et des coraux. Mais il nous manque encore des financements pour boucler l’expédition.

Quel est l’état du bateau ?

Etienne Bourgois : On le bichonne après déjà 80 000 kms parcourus depuis le début. Nous avons fait un maximum de voile. Le bateau est sollicité en permanence depuis presque deux ans maintenant, sans possibilité de s’arrêter longtemps sur un chantier. L’équipage travaille donc à la maintenance du bateau dès que l’expédition le permet.

Quels sont les grands défis à venir pour l’expédition ?

Etienne Bourgois : Nous avons une saison d’été chargée avec une mission actuellement sur les récifs coralliens aux îles Gambier, une mission avec des planeurs sous-marins aux îles Marquises, puis l’étude du "continent" de plastique entre Hawaï et San Diego. Nous allons passer dans ce gyre (tourbillon) qui nourrit toutes les imaginations. Nous sommes très curieux de pouvoir étudier cette zone. (...)

Comment se dessine la suite pour le programme scientifique ?

Eric Karsenti : Nous sommes dans la deuxième phase, celle de l’analyse et l’interprétation. Nous avons récemment eu une réunion avec les principaux scientifiques du consortium Oceans pour organiser correctement la phase d’analyse. Nous avons choisi aussi un certain nombre de stations à étudier en priorité. Nous sommes aussi en train de rédiger 3 articles pour des revues scientifiques : sur la génomique, sur l’écologie et enfin sur la circulation des espèces planctoniques entre les océans.

Le problème le plus important que nous rencontrons concerne le traitement des données. Il nous manque encore des financements. Nous sommes très heureux cependant car notre projet est largement reconnu aujourd’hui en France et à l’étranger. (...) Pour un financeur, nous ne rentrons pas dans les schémas type d’une course à la voile par exemple. La recherche sur les micro-organismes marins c’est un peu moins glamour mais cela a beaucoup plus de sens ! Je tiens d’autant plus à remercier tous nos partenaires qui nous suivent dans cette aventure notamment agnès b., la Fondation Veolia Environnement, la Fondation EDF Diversiterre, le CNRS, l’EMBL, le CEA, la Fondation Prince Albert II de Monaco, World Courier, Cap l’Orient, et la Région Bretagne pour les plus importants. (...)

A quel moment le bateau va-t-il rentrer en France ?

Etienne Bourgois : Vers la fin du mois de mars 2012 à Lorient.

Un article du Monde daté du 24 juin rendait compte de l’inquiétude d’une trentaine d’experts réunis mi-avril à l’université d’Oxford (Royaume-Uni) dans un colloque interdisciplinaire(1), selon lesquels "Les océans seraient à la veille d’une crise biologique inédite depuis 55 millions d’années". Comment cela vous fait-il réagir ?

Etienne Bourgois : Au dire des scientifiques il y a une méconnaissance totale des Océans. La présidente d’Universcience, Madame Claudie Haigneré, disait très justement récemment "Nous connaissons mieux la Lune que les Océans". Malgré leur énorme capacité à absorber le CO2, nous savons que les paramètres chimiques de l’océan sont entrain de changer, l’impact des pollutions locales ou globales, la surpêche, l’augmentation des températures des eaux de surface est réel. Grâce à ses recherches Tara Oceans apportera sa contribution pour modéliser les Océans, je l’espère le plus vite possible.
Mais ce qui me fait réagir, au delà du savoir scientifique que nous sommes en train de bâtir, c’est ce que tout cela signifie pour notre avenir proche, celui des hommes. Doit-on subir comme une fatalité tous ces constats ? Que sait-on des capacités de la planète - et notamment de son immense océan - à recouvrer l’équilibre ?

Les hommes disposent d’une intelligence hors du commun. A quoi doit-elle nous servir si ce n’est à nous sauver ? Il faut s’engager à l’employer, c’est ma conviction. C’est ce qui a donné naissance aux missions Tara Arctic et Tara Oceans. Maintenant avec ces expéditions nous commençons à comprendre l’importance des océans pour notre survie.

Contrôle des pollutions, partage des ressources, préservation des équilibres, sans une gouvernance globale, ce que l’homme préserve quelque part sera annulé par ce qui est détruit ailleurs, car tout se répercute. J’en appelle à une gouvernance intelligente, humaniste, de la haute mer par l’ensemble des Etats. C’est, je crois, le défi colossal mais réalisable auquel on doit s’atteler. Nous y réfléchissons déjà.


(1) Ce colloque était organisé à l’initiative de deux organismes non gouvernementaux - l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) et l’International Programme on the State of the Ocean (IPSO). Les conclusions ont été rendues publiques, mardi 21 juin 2011. Elles feront l’objet d’un rapport agrémenté de recommandations, qui sera communiqué aux Nations Unies.

Extrait de :
Questions à Etienne Bourgois et Eric Karsenti, codirecteurs de l’expédition Tara Oceans, 6 juillet 2011, site internet TARA Océans.

Pour approfondir :
Le site internet de Tara Océans

Voir des vidéos dans la galerie multimedia du site internet de Tara Océans.

Pour suivre l’aventure de Tara Océans sur Science.gouv :

Crédits photographiques :
Photo 1 : Coucher de soleil sur Tara au mouillage. © J.Girardot/Tara Expéditions
Photo 2 : Étienne Bourgois et Éric Karsenti, codirecteurs de Tara Oceans et agnès b., mécène majeur de Tara.
Photo 3 : Ceratosoma trilobata. Iles Gambier.© Eric Roettinger/Kahikai/Tara Oceans
Photo 4 : Un plongeur qui travaille dans une ferme perlière accroche des nasses de nacres sur les filières © J.Girardot/Tara Expéditions
Photo 5 : Les enfants sont venu jouer devant le bateau qui le temps de l’escale est une véritable attraction pour les enfants. © J.Girardot/Tara Expéditions

 

 

 

 
 
 
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