La source du choléra à Haïti : une rivière contaminée
Le choléra est une infection intestinale aigüe et contagieuse provoquée par l’ingestion d’eau ou d’aliments contaminés par la bactérie Vibrio cholerae, également appelée le "bacille virgule".
La maladie est d’abord restée confinée dans les terres asiatiques, en Inde, en Chine et en Indonésie, avant de se transformer en une pandémie mondiale qui atteint le Moyen-Orient, l’Europe et les Amériques dès le début du XIXème siècle.
Malgré la prévention mise en œuvre et les possibilités de prise en charge efficace des patients atteints, le bacille du choléra est encore responsable aujourd’hui de 3 à 5 millions de contaminations et de 100 000 à 120 000 décès chaque année.
Les souches "haïtiennes" sont très proches des souches "asiatiques"
La flambée de choléra qui touche Haïti a été confirmée par les autorités sanitaires du pays le 22 octobre 2010. La caractérisation des souches collectées lors de cette épidémie a montré que celles-ci sont très proches, voire identiques aux souches qui circulent dans le sud de l’Asie, parmi lesquelles on trouve la souche "1" (sérotype Ogawa, biotype El Tor), considérée comme la plus dangereuse.
En novembre 2010, des chercheurs (1) ont mené une investigation scientifique sur le terrain, afin de déterminer la source de cette épidémie de choléra. Pendant une vingtaine de jours, ils ont amassé les informations propres à chacune des infections ou décès nouvellement observés dans les communes d’Haïti et ont ensuite procédé à des analyses spatiotemporelles, mêlant statistique et modélisation.
Ce travail montre que l’épidémie de choléra en Haïti a été provoquée par la contamination massive du delta de la rivière de l’Artibonite, dont l’eau a été consommée, sans traitement préalable, par la grande majorité des premiers patients de l’épidémie recensés dans le pays. L’un des affluents de cette rivière, la Meille, drainait les égouts d’un camp militaire des Nations-Unies (Minustah), où venait d’emménager un bataillon de soldats népalais. Avant d’être envoyés en Haïti, près de la petite ville de Mirebalais, ces soldats avaient été exposés à une épidémie de choléra qui sévissait au Népal en septembre 2010.
Les causes de la violence de l’épidémie
Les scientifiques suggèrent que la violence de l’épidémie haïtienne qui en a résulté (300 000 cas et près de 5 000 morts en quelques mois) est due, non seulement au nombre particulièrement élevée de contaminations simultanées (en quelques jours à peine, près de 10 000 personnes ont consulté pour diarrhées sévères, nécessitant le plus souvent une hospitalisation d’urgence), mais aussi à la fuite de nombreux occupant du delta, effrayés par la quantité de décès relevés dans la région (plusieurs centaines), propageant ainsi le choléra dans toutes les communes avoisinantes.
Cette étude (2) rappelle que les maladies contagieuses existent toujours et qu’il est essentiel de rétablir les mesures appropriées permettant d’éviter les catastrophes liées à la négligence des pathologies épidémiques et mesures d’hygiène fondamentales.
(1) Chercheurs du laboratoire Relation hôte-parasites, pharmacologie et thérapeutique, de l’URMITE, et du Ministère haïtien de la santé publique et de la population
(2) Etude réalisée en collaboration avec l’unité Théoriser et modéliser pour aménager (ThéMA, CNRS/Université de Franche-Comté/Université de Bourgogne), le Laboratoire d’enseignement et de recherche sur le traitement de l’information médicale (LERTIM, Université de la Méditerranée) et le Service de santé des Armées.
Référence
Understanding the cholera epidemic in Haiti, Renaud Piarroux, Robert Barrais, Benoît Faucher, Rachel Haus, Martine Piarroux, Jean Gaudart, Roc Magloire, Didier Raoult, Emerging infectious diseases 17(7):1161-1168, Published on July 2011, doi:10.3201/eid1707.110059.
Contact chercheurs
Renaud Piarroux
Relation hôte-parasites, pharmacologie et thérapeutique
UMR MD3 Ministère de la défense/Université Toulouse III - Paul Sabatier/Université de la Méditerranée
Université de la Méditerranée Aix-Marseille 2 - Faculté de Médecine
Didier Raoult
Unité de recherche sur les maladies infectieuses et tropicales émergentes (URMITE)
UMR 6236 CNRS/Université de la Méditerranée
Université de la Méditerranée Aix-Marseille 2
Source :
Une rivière contaminée comme source du choléra en Haïti, juillet 2011, site internet du CNRS / Institut des Sciences Biologiques.
Rebondir :
Les ressources de science.gouv sur le choléra
Crédits photographiques :
Photographie 1 : Haïti postearthquake04, par newbeatphoto. CC BY 2.0
Photographie 2 : Molécules de la toxine de choléra ©Inserm, Legrimellec, Christian & Emmanuel, Pierre.









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