Du plastique dans les eaux antarctiques
En 1997, le Captain Charles Moore découvre "le continent de plastique" : une zone de l’Océan Pacifique, vers laquelle les courants marins amènent les déchets flottants qui s’accumulent en bancs. Il met alors près d’une semaine à la traverser, stupéfait par ce qu’il a trouvé dans cette zone peu fréquentée du globe. Cette pollution due à l’homme est maintenant détectable dans toutes les régions du globe. C’est ce que révèlent les échantillons prélevés par la goélette Tara lors de son passage dans l’Océan Antarctique il y a 9 mois.
Les scientifiques de l’Algalita Marine Research Foundation (Long Beach, Californie) ont analysé ces prélèvements. Ils ont découvert une importante pollution par le plastique dans les eaux antarctiques.
Tous les échantillons collectés dans l’Océan Antarctique dans le cadre de Tara Expédition contenaient en effet du plastique, le compte allant de près de 1000 à 50000 morceaux de plastique par kilomètre carré autour des six différentes stations d’échantillonnage. Les échantillons étaient collectés près de la surface de l’océan.
Les chercheurs de l’Algalita Marine Research Foundation continuent d’étudier les effets de ces pollutions de plastique, y compris sur les oiseaux marins, les mammifères et les poissons qui avalent de petits morceaux de plastique ou sont empêtrés dans de plus gros morceaux. Les relations entre les plastiques et les microbes marins qui les colonisent sont également étudiées. Des analyses approfondies sont en cours pour comprendre quels sont les risques de ces pollutions plastiques pour la santé humaine. Sont en cause les plastiques eux-mêmes, les additifs au plastique et les toxines qui adhérent aux plastiques.
Afin de mesurer les quantités de plastiques dans les zones explorées par l’expédition Tara Oceans, l’Agalita Marine Research Foundation a mis en place un protocole scientifique utilisé depuis janvier 2011 à bord de la goélette. Depuis le début de l’année, pour chaque station d’échantillonnage, un filet de surface spécial est traîné dans l’eau pendant une heure et demie, collectant les particules de plastique. Ces échantillons sont ensuite analysés par l’Algalita Marine Research Foundation.
L’expédition Tara Oceans explore pendant deux ans et demi (de septembre 2009 à mars 2012) tous les océans du monde. L’expédition dirigée par Dr. Eric Karsenti et Etienne Bourgois a pour objectif principal de permettre aux scientifiques d’étudier les écosystèmes planctoniques dans la perspective duréchauffement planétaire et ses conséquences sur la chaîne alimentaire marine. Les effets du
réchauffement planétaire sur les récifs coralliens et sur la vie marine qui en dépend sont également étudiés.
Pendant les prochaines escales de l’expédition (à Honolulu, San Diego et New York), le bateau continuera à échantillonner le plastique dans l’océan, tout en poursuivant ses investigations biologiques, notamment lors de sa traversée du "Continent de plastique" (ou "Great Pacific Garbage Patch"). Des techniques de génomique [1] et de bio-géochimie [2] seront employées pour identifier les communautés microbiennes qui colonisent et vivent dans les débris plastiques, afin de comprendre les relations entre les microbes et le plastique.
[1] Génomique : La génomique est une branche de la biologie moderne qui a pour objectifs d’analyser la structure du génome, de séquencer les gènes et d’identifier et leur fonction. Elle regroupe les activités de recherche en cartographie, en séquençage et en analyse des génomes. Les recherches génomiques ne se limitent pas au génome humain. Plusieurs projets concernent en effet les "petits génomes", c’est-à-dire ceux des virus, bactéries, plantes, champignons et petits vertébrés. Les progrès de la génétique moléculaire ont favorisé le passage de la génomique en structurelle (essentiellement consacrée à la "cchasse aux gènes") à la génomique fonctionnelle, qui vise à utiliser l’ensemble des données du génome pour étudier des problèmes biologiques complexes, liés à des interactions entre les gènes ou au contrôle de leur interaction.
[2] Biogéochimie : En sciences de la Terre, le cycle biogéochimique est le processus de transport et de transformation cyclique d’un élément ou composé chimique entre les grands réservoirs que sont la géosphère, l’atmosphère, l’hydrosphère, dans lesquels se retrouve la biosphère. Un tel cycle induit souvent des passages de l’état organique à l’état minéral au sein de la biosphère. Pour approfondir la notion de cycles biogéochimiques : le cours Dynamique des ressources naturelles, de l’UVED.
Liens
Pour en savoir plus sur l’Agalita Marine Research Foundation et Captain Charles Moore, sur leurs missions, leurs activités éducatives et projets de recherche, consulter le site : www.algalita.org, ou téléphoner : (1)562.598.4889.
Pour en savoir plus sur Tara Expéditions voir le site www.taraexpeditions.org.
Pour accéder aux compte-rendus de Tara Expédition sur Science.gouv : les actualités relatives à Tara.
Crédits photographiques :
1. CC BY-NC 2.0 StormPetrel1
2. M.Duhaime/University of Arizona/Tara Oceans
3. Parcours prévisionnel de la troisième année de l’expédition : en noir, l’océan de plastiques. © be-pôles.









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