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Jules Hoffmann, biologiste, reçoit la médaille d’or 2011 du CNRS

Date : 26 septembre 2011

La médaille d’or du CNRS 2011 revient à Jules Hoffmann, un biologiste pionnier dans l’étude de l’immunité chez les insectes.

Jules Hoffmann et son équipe ont découvert, en 1996, le rôle majeur d’un récepteur appelé Toll dans la réaction immunitaire innée de la drosophile. Il permet l’identification de l’agresseur et le déclenchement de la réponse antimicrobienne. Ces travaux ont été repris par d’autres équipes, qui ont repéré des analogues chez l’homme (les récepteurs Toll-like ou TLR), et par la même occasion ont dévoilé tout un pan de la réaction immunitaire de l’homme qui était alors très peu connue : la réponse immunitaire innée. Celle-ci est immédiate et non spécifique contre l’agresseur, à la différence de la réponse adaptative qui fait intervenir les lymphocytes. La réaction immunitaire innée a ensuite été très étudiée par de nombreux chercheurs. Dix ans après la découverte des TLR (Toll-like), plus de 7 000 articles scientifiques ont été publiés sur ce sujet. Les chercheurs espèrent faire de ces récepteurs prometteurs des adjuvants de vaccins, des anti-inflammatoires, ou encore de l’immunothérapie.

Une carrière centrée autour de sa passion pour les insectes

Jules Hoffmann est passionné par les insectes depuis sa jeunesse, grâce à son père, zoologiste au Luxembourg. Il a publié son premier article sur les criquets luxembourgeois dans les Archives grand-ducales des sciences, à l’âge de 17 ans. Après des études à l’Université de Strasbourg, il fait une thèse sur "les mécanismes de défense antimicrobiens chez les insectes", après avoir remarqué que les criquets ne développaient jamais d’infections après les transplantations d’organes.
Il va faire deux découvertes qui vont orienter sa carrière : en irradiant certains organes du criquet, il s’aperçoit que ceux-ci mourraient à cause d’infections opportunistes. Il se rend également compte qu’en les irradiant à un moment précis de leur développement, la mue était bloquée. C’est sur cet aspect que Jules Hoffmann va d’abord travailler. Ses recherches portent sur l’ecdysone, l’hormone qui contrôle la mue des insectes. Avec son équipe, il met en avant l’apport maternel de cette hormone à l’embryon. Ces travaux ont été utilisés pour lutter contre les insectes ravageurs. Cela a permis d’apporter de l’argent à son laboratoire, et d’assoir sa renommée.

A la fin des années 80, il décide d’abandonner l’étude du système endocrinien pour se consacrer aux mécanismes de défense de la drosophile (la mouche du vinaigre) contre les bactéries et les champignons. Il va alors réaliser avec le laboratoire qu’il dirige "Réponse immunitaire et développement chez les insectes" des grandes avancées dans la compréhension de la réponse immunitaire innée. Cela lui rapporte des récompenses prestigieuses, comme le prix Rosenstiel pour l’Immunité en 2010, ou le prix Shaw 2011 en sciences du vivant. Jules Hoffmann a par ailleurs été directeur de l’Académie des sciences en 2007 et 2008.

"Au départ, tout ce que nous voulions, c’était comprendre comment l’insecte se défend et bloquer ses défenses pour le neutraliser. Grâce à la drosophile, on a pu apporter en quinze ans des éléments nouveaux et importants sur l’immunité innée qui concernent tous les grands groupes d’animaux, y compris l’homme, chez qui ce sujet était très peu étudié", raconte Jules Hoffmann. Il poursuit aujourd’hui ses travaux sur la phylogénèse de la réponse inflammatoire. Il travaille également à la production de deux nouveaux antibiotiques, inspirés de peptides antimicrobiens synthétisés par des insectes, au sein de l’entreprise qu’il a créée.

"Je ne suis pas fier, mais heureux", annonce-t-il lorsqu’il est choisi pour recevoir la médaille d’or du CNRS. "Jules Hoffmann reçoit la plus haute distinction scientifique française, pour sa carrière exemplaire et ses travaux avant-gardistes. Il a fait une science fière, conquérante, au service de la société. En recevant cette récompense, il suit les traces de Claude Levi Strauss, de Pierre Gilles de Gennes...", précise Joël Bertrand, directeur général délégué à la science du CNRS.

Pour en savoir plus :

Le communiqué de presse du CNRS

La liste des lauréats de la médaille d’or sur le site du CNRS

Palmarès 2011 de la médaille de l’innovation du CNRS, Science.gouv.fr, le 28 avril 2011

Gérard Férey : médaille d’or du CNRS, Science.gouv.fr, le 10 septembre 2010

Serge Haroche : médaille d’or 2009 du CNRS, Science.gouv.fr, le 3 juin 2009

 

Crédits photographiques :

  • Jules Hoffmann, Pascal Disdier/CNRS Photothèque
  • Drosophiles mâle et femelle, NASA, DR

 

 

 
 
 
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