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Colère au volant : décryptage

Date : 01 avril 2009

Jeune conducteur invectivant un piéton Crédits : Cerimes

L’agressivité au volant est un phénomène préoccupant pour la sécurité routière. Depuis une quinzaine d’années, il suscite un intérêt croissant, sans pour autant qu’il ait été démontré que ce phénomène s’accentuait", lance Patricia Delhomme, directrice du Laboratoire de Psychologie de la Conduite et coauteur d’un article1 sur le sujet.

 

Qu’est-ce qu’un comportement agressif ?

Les comportements agressifs au volant sont tous les comportements intentionnels alimentés par de la colère ou de la frustration mettant en danger les autres usagers de la route que ce soit psychologiquement et (ou) physiquement.

La plupart du temps, un comportement agressif au volant est associé à d’autres comportements. Seuls quelques comportements isolés tels qu’insulter un autre conducteur ou lui adresser des gestes hostiles au volant sont identifiables comme des comportements agressifs. Généralement, la colère est considérée comme un état émotionnel et physiologique de courte durée. Elle se caractérise principalement par une excitation physiologique.

Rage au volant : 200 morts et 12 000 blessés aux Etats-Unis

Depuis une dizaine d’années, les comportements agressifs et d’incivilité au volant semblent en recrudescence dans nombre de pays industrialisés. Aux États-Unis, entre 1990 et 1995, les altercations avec violence sur la route auraient augmenté de 51 %. La rage au volant, considérée comme l’acte de conduite le plus violent qui soit, augmenterait chaque année de 7 % et serait responsable d’environ 200 morts et 12 000 blessés. Dès 1994, des chercheurs américains font l’hypothèse d’un lien entre colère au volant, comportements agressifs et transgressions des règles légales de conduite.

Quelles échelles pour évaluer le degré de colère ?

Ces auteurs développent alors une échelle de colère au volant en tant que trait de personnalité : la D.A.S. (Driving Anger Scale). Celle-ci enregistre la propension à éprouver de la colère au volant dans différentes situations de conduite. Dans sa version longue, l’échelle se compose de 33 items repartis en six facteurs ou types de situations génératrices de colère : «Gestes hostiles» (3 items), «Discourtoisie» (9 items), «Conduite illégale» (4 items), «Présence des forces de l’ordre» (4 items), «Conduite lente» (6 items) et «Circulation entravée» (7 items). Par exemple, pour la situation «gestes hostiles», on peut retrouver comme item : «quelqu’un vous klaxonne à propos de votre conduite» ; pour «conduite illégale», «quelqu’un grille un feu rouge ou un stop» ; pour «discourtoisie», «quelqu’un colle votre pare-chocs arrière», etc.

Méthode : une nécessaire adaptation à la situation française

«En France, aucune recherche sur la colère éprouvée au volant n’avait été menée jusqu’alors, explique Patricia Delhomme. Avec Arnaud Villieux dont j’ai dirigé la thèse (co-financée par la région Ile-de-France et l’INRETS2), nous nous sommes intéressés à la colère ressentie au volant, en tant que trait de personnalité (ou prédisposition à ressentir cette émotion) et (ou) en tant qu’état émotionnel transitoire. Nous avons mesuré la colère éprouvée au volant à l’aide de la D.A.S. et la manière dont les automobilistes déclarent l’exprimer à l’aide du D.A.X. (Driving Anger Expression Inventory).

Nous avons adapté en français ces deux échelles que nous avons validées auprès de jeunes automobilistes dans la catégorie d’âge qui est la plus impliquée dans les accidents de la route (Delhomme & Villieux, 2005). Nous avons testé les qualités psychométriques de la D.A.S. et proposé une version française de cette échelle en 22 items (au lieu de 33) répartis en 5 facteurs avec modification du facteur «conduite entravée» et suppression du facteur «discourtoisie». L’examen des qualités psychométriques du DAX (Villieux & Delhomme, 2008 ; Villieux & Delhomme, soumis à publication) a permis d’identifier un modèle en 3 facteurs et 11 items (initialement 4 facteurs et 49 items). Nous avons abandonné le facteur «expression physique de la colère» dont les scores étaient trop faibles (quasi-inexistants) dans le contexte culturel français.

Page suivante : sommes-nous tous égaux face à la colère ?

1 - «Adaptation française de l’échelle de colère au volant D.A.S. : quels liens entre colère éprouvée au volant, infractions et accidents de la route déclarés par de jeunes automobilistes ?», P. Delhomme et A. Villieux, Revue européenne de psychologie appliquée, 2004.
2 - Thèse soutenue le 26 novembre 2006 à l’Université Paris 5.

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