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Biodiversité : les secouristes de la nature

Date : 21 mai 2010

Il est temps d’agir de manière radicale. Les chercheurs sont déjà au travail, un peu partout sur le globe, en Amazonie, en Afrique, sur les océans... ou même en pleine ville ! Et dans les labos, toutes les approches allant de la biologie moléculaire à l’économie sont à l’étude pour mieux connaître les espèces et les sauver.

Menaces sur le vivant

"Notre maison brûle." La formule est restée fameuse. Presque huit ans après le discours prononcé par Jacques Chirac au sommet de la Terre de Johannesbourg, l’incendie ne semble pas prêt de s’éteindre : actuellement, sur la « liste rouge » de l’Union internationale pour la conservation de la nature, 36 % des espèces animales et végétales sont menacées1 à plus ou moins long terme. Le taux d’extinction actuel des espèces est 100 à 1 000 fois plus rapide que le taux naturel. On évoque donc une sixième crise d’extinction, qui ne serait pas, à la différence des cinq premières, causée par un évènement naturel comme un volcanisme important ou l’impact de météorites. Le responsable ? L’humain. « Il y a une concurrence pour l’espace », explique l’écologue Robert Barbault, du laboratoire « Conservation des espèces, suivi et restauration des populations »2. « Comme le castor ou l’éléphant, l’homme transforme l’environnement... mais de façon décuplée en raison de ses techniques. Il scie la branche sur laquelle il est assis. »
La destruction humaine de la biodiversité, commencée dès le Paléolithique, s’est accélérée au cours de la Révolution industrielle, puis dans la seconde moitié du XXe siècle, avec l’explosion démographique, la surexploitation des ressources, la construction de villes et d’autoroutes, l’accumulation de déchets, la pollution, l’introduction d’espèces invasives. Ou encore la déforestation, qui vise à exploiter le bois ou à utiliser les terres pour l’agriculture. Au niveau mondial, « il n’y a pas de tendance au ralentissement de la déforestation », constate Jérôme Chave, directeur de recherche CNRS au laboratoire « Évolution et diversité biologique »3. Le changement climatique pourrait aussi nuire à la biodiversité, notamment en aggravant les sécheresses en forêt amazonienne. Un drame : cet écrin abrite 11 000 espèces d’arbres - contre 200 dans toute l’Europe...
L’état des lieux est inquiétant : on compte aujourd’hui trente-quatre « points chauds » du globe, zones caractérisées à la fois par leur grand nombre d’espèces et par une menace accrue sur leur biodiversité. Parmi eux, figure le bassin méditerranéen. Sa mosaïque de paysages, de reliefs et de climats favorise l’originalité et la variété des espèces... dont les habitats sont fragmentés par une forte pression démographique et urbaine sur les côtes. Conséquence : « Rien que sur le littoral marseillais, plus d’une dizaine d’espèces de plantes sont menacées », comptabilise Thierry Tatoni, directeur de l’Institut méditerranéen d’écologie et de paléoécologie (Imep)4.
Si la disparition des espèces est si inquiétante pour l’humain, c’est parce qu’elles forment un réseau, irrigué par leurs interactions de prédation, de parasitisme, de symbiose. En somme, de la biodiversité dépend la vitalité du tissu vivant. Exemple : quand les abeilles toussent, la pollinisation s’enraie, les fleurs s’enrhument. La biodiversité est nécessaire à l’équilibre des chaînes alimentaires, à l’épuration de l’eau et de l’air, à la régulation du climat. L’espèce humaine, elle, y trouve de quoi s’alimenter, se chauffer, s’habiller... et même se soigner : de 40 à 70 % de nos médicaments en sont issus, alors que l’exploration des océans à des fins thérapeutiques débute à peine.

Notes

1. Sous l’appellation « menacées », l’UICN regroupe les espèces « en danger critique d’extinction », « en danger » ou « vulnérable », en fonction de critères comme la taille de la population ou son taux de déclin.
2. Unité CNRS / MNHN / Université Paris-VI.
3. Unité CNRS / Université Toulouse-III / Enfa.
4. Unité CNRS / Universités Aix-Marseille-I et III / Université d’Avignon / IRD.

 

Source : le journal du CNRS
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