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Les enjeux scientifiques de la communication

Date : 10 septembre 2010

Les hommes et les technologies de la communication © P. Pasadas pour le Journal du CNRS

Mais avec l’augmentation des flux d’informations, le taux de compréhension et de tolérance entre les hommes s’accroît-il ? Avec l’explosion du nombre d’ordinateurs, de serveurs Internet, de téléphones portables, de radios et de télévisions, nous rapprochons-nous davantage les uns des autres ? De toute évidence, non.

Regarder ne suffit pas à adhérer

La prolifération des techniques d’information abolit les distances physiques et dilue les frontières nationales, mais « elle ne dissout pas les difficultés d’intercompréhension, elle ne débouche pas automatiquement sur l’universalité de la communication, assure Dominique Wolton.

Être influencé ne signifie pas être dupe

En créant CNN au début des années 1980, les Américains se figuraient naïvement que cette chaîne d’information mondiale allait servir de rampe de lancement à leurs valeurs, propager urbi et orbi leur “way of life” ou leur “world thinking”, et ensemencer la “conscience démocratique” là où elle n’existait pas. Or, c’est exactement l’inverse qui s’est produit. Loin de féconder du lien social, CNN n’a cessé de sécréter de l’anti-américanisme et d’attiser des revendications identitaires. Ce n’est pas parce qu’un émetteur répète indéfiniment un message que celui-ci devient forcément un modèle universel. Regarder ne suffit pas à adhérer. Être influencé ne signifie pas être dupe... »

En d’autres termes, aucun lien mécanique n’existe entre la production exponentielle d’informations, via des médias de plus en plus performants, et le succès du dialogue, du partage, de la cohabitation avec l’Autre, celui dont la langue, l’idéologie, les codes, la religion, les rituels, les références historiques…, sont bien souvent aux antipodes des nôtres. Plus il y a d’information et de « tuyaux » pour la faire transiter et plus la communication, paradoxalement, s’avère ardue.

La communication, c’est la relation

« Le plus simple, dans la communication, reste les techniques, le plus compliqué, les hommes, les sociétés, la diversité culturelle dont l’importance a été reconnue officiellement par la communauté des États grâce à l’adoption par l’Unesco, en octobre 2005, de la “Convention internationale sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles” (56 États ont ratifié ce traité) », insiste Dominique Wolton, pour qui la question de la communication humaine dans la mondialisation se pose après la victoire de l’information. « C’est même la question essentielle de ce début du XXIe siècle après celle de l’environnement, dit-il. L’information, c’est le message. La communication, c’est la relation, autrement dit quelque chose de toujours plus difficile à traiter, parce que deux personnes qui parlent ensemble, non seulement ne sont pas identiques, mais peuvent aussi ne pas se comprendre. On voudrait tous que l’Autre nous ressemble, et on s’aperçoit toujours qu’il est différent de soi. »

Deux philosophies différentes

Construire les concepts pour penser la communication – ou plutôt « l’incommunication » – dans nos sociétés ouvertes ou encore la question grandissante de l’altérité, est donc indispensable. Deux philosophies de la communication s’affrontent.

- La première soutient que la démultiplication et la vitesse de fonctionnement des « tuyaux », l’interconnexion de tous avec tous résout d’elle-même la question des rapports entre les hommes et les sociétés. « Cette approche valorise une vision technique et économique de la communication et nie l’Autre en oubliant qu’au bout des réseaux, il n’y a pas des machines mais des communautés humaines avec leurs langues, leurs idéologies, leurs cultures singulières », poursuit Dominique Wolton.

- La seconde approche s’efforce donc de « dé-techniciser la question de la communication pour la “ré-humaniser” et la “re-politiser”. Elle se focalise par conséquent sur la question de l’homme, place l’obligation de négocier avec autrui, la cohabitation des différences, au centre de ses réflexions ».

Sources : Le journal du CNRS avril 2009

Dossier : les enjeux scientifiques de la communication (extraits)


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