Cancer : la recherche durcit le combat
Vers une médecine plus humaine
Qu’en est-il, maintenant, des relations soignants-soignés ? Le temps est presque révolu où la consultation d’annonce se faisait « entre deux portes », de façon aussi brutale qu’inhumaine, par de grands maîtres jargonnant et imbus de leur toute-puissance.
Il s’est produit, voilà quelques années, « une sorte de déverrouillage du monde des médecins cliniciens qui était jusqu’alors très rigide et somme toute assez indifférent à la dignité et au vécu quotidien des malades et de leur famille, commente Annie Hubert. Nous rattrapons enfin notre retard, dans ce domaine, sur les Anglo-Saxons. » Et de se féliciter que, dans les établissements hospitaliers, les oncologues, en particulier les plus jeunes, portent un regard innovant sur leur pratique. « Beaucoup d’entre eux attendent des sciences sociales qu’elles les aident à découvrir ce qu’ils ne voient pas, ce qu’ils ne voient plus ou ce qu’ils n’auraient jamais imaginé voir pour, au bout du compte, améliorer ce qui peut l’être encore, qu’il s’agisse de l’organisation des soins, de l’ergonomie des services, de l’accompagnement en fin de vie... De fait, de grands progrès ont été réalisés pour personnaliser l’accueil des patients, aménager des espaces d’intimité, offrir des chambres individuelles dans les hôpitaux de jour, mettre au point un arbre décisionnel et décider d’un traitement avec la collaboration du patient s’il le désire... » Sans oublier qu’un certain langage guerrier (« Battez-vous ! »), très angoissant et très fatiguant pour le patient secoué par des thérapies complexes, cède la place à l’information (« Voilà ce que l’on peut faire pour vous soigner »), au dialogue, à la décision partagée et à l’attention portée à l’ensemble des besoins du malade et de sa famille.
Des généralistes de plus en plus impliqués
Quant au rôle des médecins généralistes dans la prise en charge des patients atteints de cancer, et leurs relations avec les équipes de soins spécialisées, l’enquête conduite récemment par Martine Bungener est riche d’enseignements. « Concernant l’annonce du diagnostic, nous avons été surpris de constater à quel point les généralistes sont impliqués et apparaissent comme des interlocuteurs compétents, aux yeux des patients, dit Martine Bungener. Après avoir été reçus par un spécialiste, ces derniers éprouvent même fréquemment le besoin de se faire mieux expliquer la situation par leur généraliste. » D’autre part, les généralistes n’hésitent plus à acquérir de nouvelles compétences. Ainsi en est-il de l’autonomie acquise par certains dans la prescription de la morphine en cas de fin de vie à domicile, « une pratique qui leur échappait jusqu’ici par manque de technicité et de savoir-faire, et qui contribue à rééquilibrer, à leur avantage, les rôles entre médecine générale et médecine spécialisée », indique Martine Bungener. Au final, il ressort de ce programme de recherche, le premier du genre, que la plupart des généralistes français, tout en ne masquant pas la limite de leur compétence, « cherchent à rester présents auprès de leurs patients atteints du cancer », quelles que soient les phases de la maladie.
Philippe Testard-Vaillant
Source : Le journal du Centre national de la recherche scientifique








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