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Copenhague 2009 : les enjeux d’un sommet mondial

Date : 07 décembre 2009

Les pays émergents s’organisent

À Copenhague, la voix des pays émergents, comme la Chine ou l’Inde, et des pays en développement devrait aussi se faire entendre. « L’importance des pays en développement est désormais tout à fait frappante dans les négociations sur le climat, observe Amy Dahan-Dal Medico. Elle s’exprime notamment par leur nombre (130), leur solidarité et leur activisme. Les responsables des pays du Sud s’efforcent de construire un front uni en insistant sur la responsabilité historique du monde industriel dans le réchauffement du climat. » Au moment de la discussion du protocole de Kyoto, entre 1994 et 1997 (Lire De Rio à Copenhague, la longue route des négociations.), les principaux protagonistes étaient les États-Unis, l’Europe, le Japon et les pays « en transition » de l’ex-Union soviétique, les pays en développement étant exemptés de tout effort au nom du principe de « responsabilité commune mais différenciée ». Mais déjà, ces pays considéraient le changement climatique comme « un problème global de surconsommation du Nord, doublé d’un cauchemar fabriqué pour empêcher leur envol économique », rappelle Amy Dahan-Dal Medico. Envol que les pays émergents entendent bien poursuivre.

Et la Chine ?

La République populaire de Chine, qui consomme autant de charbon que les États-Unis, l’Union européenne et le Japon réunis, et détient depuis 2007 le titre peu enviable de premier pollueur de la planète, a certes fait preuve d’une bonne volonté louable en signant le protocole de Kyoto en 2002. Las, « tout en cherchant à projeter sur la scène internationale l’image d’une grande puissance responsable, elle renâcle pour l’instant à prendre le chemin de tout engagement contraignant, même à titre symbolique, et renvoie la balle du côté des pays développés », assure Jean-Philippe Béja, du Centre d’études français sur la Chine contemporaine (CEFC)6, basé à Hong Kong. Au sein du régime, les partisans d’un développement « à tout prix », y compris au prix de l’environnement, continuent de l’emporter. Qui plus est, Pékin, qui bénéficie toujours d’une aura considérable au sein des pays du Sud, s’oppose à l’instauration d’une taxe qui frapperait les entreprises délocalisant leurs activités dans des pays où les normes environnementales demeurent très basses, et pénaliserait par ricochets ses exportations, vitales pour sa croissance. Toutefois, à supposer que les États-Unis s’engagent fermement à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2020, la Chine pourrait accepter à Copenhague le principe d’objectifs plus contraignants... à très long terme. Bref, un accord implicite Obama-Hu Jintao n’est pas à exclure. Et ce d’autant que, lors de sa visite à Pékin en début d’année, la secrétaire d’État américaine Hillary Clinton « a présenté l’environnement comme l’un des principaux éléments du dialogue sinoaméricain », dit Jean-Philippe Béja.

Vers un accord post-Kyoto

Le Brésil, comme à son habitude, devrait jouer le rôle de facilitateur de consensus. S’agissant de la Russie, sa position est assez imprévisible. Certes un accord sur une réduction massive des émissions de gaz à effet de serre, dont la source principale reste la consommation des énergies fossiles, amoindrirait ses revenus gaziers et pétroliers. Mais, il lui permettrait aussi de garder ses réserves beaucoup plus longtemps et de s’industrialiser de façon sereine.
Bref, un texte de portée historique a-t-il une chance de voir le jour à Copenhague ? Rien n’est acquis, bien qu’un échec, avec son cortège d’effets démobilisateurs et de retards catastrophiques, serait gravissime. Pour Jean Tirole, directeur scientifique de l’Institut d’économie industrielle et médaille d’or du CNRS en 2007, une architecture internationale prolongeant celle du protocole de Kyoto serait l’option la plus réaliste et la moins coûteuse pour le futur régime climatique 7. « L’essentiel est que l’on sorte de Copenhague avec la conviction que les pourparlers vont se poursuivre et puissent, à terme, déboucher sur un accord post-Kyoto, insiste Jean-Charles Hourcade, directeur du Centre de recherches international sur l’environnement et développement (Cired)8 et coordinateur des chapitres économiques du Giec9.

La clé : des propositions concrètes

Mais la clé est probablement de briser le cercle de la méfiance qui s’est établi depuis 20 ans, en mettant sur la table des propositions concrètes pour réorienter très rapidement les flux financiers vers les infrastructures des pays en développement (énergie, transport, bâtiments), tout simplement parce qu’il sera, bientôt, trop tard. Comme le note le dernier rapport de la Banque mondiale, les pays émergents vont construire l’essentiel de leurs infrastructures dans deux ou trois décennies, et celles-ci vont durer tout le siècle. Le temps presse. » Réponses dans quelques jours.

Philippe Testard-Vaillant

Notes :

6. Unité Ministère des Affaires étrangères et européennes / CNRS / Institut français de recherche à l’étranger.
7. Lire Négociation climatique : Copenhague ou l’heure de vérité, par Jean Tirole, Le Monde du 2 novembre 2009.
8. Unité CNRS / EHESS / AgroParisTech / Cirad / ENPC.
9. Groupement d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat. L’ensemble du groupe a reçu le prix Nobel de la Paix en 2007.

Source : le journal du CNRS

 

 
 
 
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