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Darwin et l’évolutionnisme

Date : 17 février 2009

Les prédécesseurs

S’il revient à Darwin d’avoir postulé deux grandes idées – la descendance avec modification et le rôle essentiel de la sélection naturelle dans l’adaptation des formes vivantes, donc dans l’évolution –, celles-ci ne lui sont pas venues tout à trac.
Le terrain avait été débroussaillé
, entre autres, par le zoologiste Jean-Baptiste de Monet, chevalier de Lamarck, et le géologue écossais Charles Lyell. C’est d’ailleurs lesté du premier volume des Principles of Geology, de Lyell, que le jeune Darwin quitte Plymouth fin 1831, pour effectuer un tour du monde à bord du navire Beagle. Un très long voyage d’exploration naturaliste au cours duquel Darwin pose le pied sur les îles Galapagos où s’ébattent des tortues terrestres, des iguanes, des otaries, des pinsons…

Statut de Jean-Baptiste Lamarck au Jardin des plantes de Paris Crédit : edgleycesar@creativecommonsCes oiseaux, tout en présentant entre eux de frappantes ressemblances morphologiques, se distinguent par divers détails comme la forme et la taille de leur bec. Darwin comprend que l’isolement de ces volatiles sur des îles les a conduits, à partir d’une souche unique d’origine continentale, à présenter des variations liées probablement à des différences de mode de vie et d’habitudes alimentaires. Plus de vingt ans de labeur vont s’ensuivre avant que ne paraisse De l’origine des espèces. Deux décennies au cours desquelles Darwin « écrit à des correspondants du monde entier, les questionne, leur demande des statistiques, se renseigne sur la systématique des espèces qu’il observe et en tient compte pour ses interprétations. Comme s’il concevait déjà que le principe selon lequel les espèces dérivent d’ancêtres communs devait être utilisé pour étudier l’acquisition des adaptations, comme on le fait aujourd’hui », dit Michel Veuille, du laboratoire « Génomique des populations et génomique évolutive »3.

Histoire des sciences : une importance discutée

Alors que de nombreux exégètes de Darwin font de 1859 le temps zéro d’un évènement scientifique hissant la biologie au rang de science historique, l’épistémologue André Pichot, en poste au Laboratoire de philosophie et d’histoire des sciences-Archives Henri Poincaré 4, minimise l’importance de Darwin dans l’histoire des sciences. Selon lui, « le darwinisme de 1859 ne consiste guère qu’en la sélection naturelle. Or, celle-ci n’était plus vraiment une nouveauté au milieu du XIXe siècle. On trouve par exemple ce concept en 1813 chez William Charles Wells puis, en 1831, chez Patrick Matthew, qui accusera Darwin de plagiat. On sait aussi qu’Alfred Russel Wallace en avait conçu une version comparable à celle de Darwin en même temps que celui-ci. Sans oublier le pasteur, géologue et politologue Joseph Townsend, dont Darwin a quasiment recopié les thèses en ce domaine ». En fait, poursuit André Pichot, l’idée de sélection était déjà plus ou moins dans l’air du temps. Et si elle a fait le succès de Darwin, c’est que le moment était propice. « La seconde moitié du XIXe siècle a vu le triomphe du libéralisme économique5, et Darwin a apporté à celui-ci un argument de poids en lui donnant un fondement naturel. »

Une interprétation qui fait bondir les aficionados du grand Charles. « L’idée novatrice de Darwin, plus que la sélection naturelle, c’est la descendance avec modification, le fait que les espèces ont une histoire et sont apparentées, intervient Hervé Le Guyader. La désormais célèbre réunion organisée en juin 1860 à Oxford par l’évêque Samuel Wilberforce porte d’ailleurs sur ce point. Wilberforce, apostrophant le darwinien Thomas Huxley, lui demande si c’est “par son grand-père ou par sa grand-mère qu’[il] descend du singe” et s’attire cette réponse non moins célèbre : mieux vaut un singe qu’un imbécile… »

La génétique en renfort

Si la théorie de Darwin bouleverse la vision chrétienne traditionnelle du monde, elle souffre d’un lourd handicap : les causes et les lois de l’hérédité, ainsi que la véritable nature de son support matériel, sont encore inconnues. Tout en soutenant que la sélection naturelle est le mécanisme principal de l’évolution, il pense aussi que les caractères acquis au cours de l’existence peuvent se transmettre à la descendance. Pourtant, les contre-exemples sont faciles à trouver : ainsi, un mari devenu cul-de-jatte donne à sa femme des enfants dotés de deux jambes…

Buste de Johan Gregor Mendel Crédits : 1way2rock@creativecommons« La théorie darwinienne de la sélection naturelle connaît une “éclipse” à partir de la mort de Darwin en 1882, intervient Michel Veuille. Après la redécouverte des lois de Mendel sur la transmission héréditaire6 en 1900, une science nouvelle, la “génétique des populations”, va retrouver toute l’importance de la notion de “sélection naturelle”.
Les modèles mathématiques7 proposés par Fisher, Haldane et Wright reçoivent la reconnaissance de la communauté scientifique en 1932. Ensuite seulement, des expérimentateurs feront de la génétique des populations naturelles une discipline “de terrain”».
Les années 1940 à 1970, quant à elles, vont assister au mariage de la génétique des populations avec la zoologie, la botanique et la paléontologie, qui se regardaient jusqu’ici en chiens de faïence, et à la naissance de la « théorie synthétique de l’évolution ». Ses promoteurs, explique Guillaume Lecointre, « cherchent à décortiquer les mécanismes engendrant la biodiversité en partant des mécanismes décrits par la génétique des populations et en intégrant les savoirs des naturalistes sur les variations naturelles géographiques au sein des espèces et sur la spéciation8 ».

Source : le journal du CNRS

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4. Laboratoire CNRS / Université Nancy-II.

5. Le libéralisme économique qui s’impose au xixe siècle dans l’Angleterre victorienne accrédite l’idée que la libre concurrence (la compétition entre entreprises) et la liberté du travail et des échanges ne doivent pas être entravées.

6. Formulées par Johann Mendel, en religion Gregor Mendel (1822-1884), ces lois stipulent que les gènes (dont Mendel ignorait l’existence) provenant de chacun des deux parents contribuent pour part égale dans la descendance.

7. Ces modèles démontrent que des gènes dotés de petits avantages sélectifs peuvent atteindre une fréquence de 100 % dans la population.

8. Différenciation des espèces au cours de l’évolution.

 


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