Colère au volant : décryptage
La colère précède le danger
«Dans deux de nos recherches, réalisées auprès d’étudiant(e)s dans une ville de province de moyenne importance (Rouen), nous nous sommes intéressés aux effets de la colère en situation de conduite avec la technique du carnet de bord.» Au total, ces jeunes déclarent avoir rencontré au volant, tous les deux trajets ou tous les 60 km, un événement pour lequel ils ont éprouvé pendant une courte durée (entre 1 mn et 3 mn) de la colère d’intensité moyenne.
«Dans la dernière recherche, nous avons étudié les comportements agressifs perçus notamment à inciter les automobilistes à se comporter comme l’agresseur l’entend sur l’intensité, la durée et l’expression de la colère éprouvée. Les situations de conduite les plus fréquemment rapportées comme engendrant de la colère sont «conduite illégale» et «progression gênée par le comportement de l’autre usager», situations où le comportement de l’autre usager est perçu comme plus intentionnel comparées par exemple aux situations où la conduite est entravée, par exemple à cause de travaux.»
Excès de vitesse : fortes tentations
Globalement, les participants estiment que les situations de conduite présentées dans la D.A.S. les amèneraient à se mettre plutôt en colère. Concernant les transgressions, les participants manifestent l’intention de transgresser, de temps en temps, la limitation de vitesse au cours des trois prochains mois tout comme ils déclarent avoir, à une fréquence semblable, transgressé la limitation de vitesse au cours des trois derniers mois. Enfin, ils considèrent avoir rarement grillé un feu rouge au cours des 30 derniers jours. Le facteur «discourtoisie» est le seul facteur de colère qui est corrélé, et ce de manière positive, avec les antécédents d’accident aussi bien sur les trois dernières années que sur la dernière année. Le facteur «présence des forces de l’ordre» est l’unique facteur de colère à corréler, et ce de manière positive, avec la perte de points. Il l’est également avec l’intention de transgresser la limitation de vitesse.
Les trois limites de l’enquête
«Des limites doivent cependant être posées à nos conclusions, tempère Patricia Delhomme.
- La faiblesse de la taille de nos échantillons invite à mener dans le futur des mesures complémentaires auprès d’une population plus conséquente pour apporter d’éventuelles modifications aux items problématiques (notamment ceux faisant partie des deux facteurs « discourtoisie » et « circulation entravée ») et proposer ainsi une version française définitive de la D.A.S.
- Une autre limite concerne la validité de la D.A.S. dans la mesure où il est généralement de bonne stratégie d’analyser la validité concourante et discriminante avec d’autres instruments ou encore en testant la fidélité temporelle.
- Une troisième limite peut être formulée à l’égard de l’emploi de questionnaires comme instrument de mesure de la colère éprouvée au volant. Cependant, le recours aux déclarations des automobilistes est très fréquent et ce, d’autant que plusieurs études mettent en évidence des relations positives, et ce de manière significative, entre les déclarations d’automobilistes sur leurs comportements spécifiques de conduite et ceux qu’ils pratiquent réellement lorsqu’ils sont au volant.»
Vers une « éco conduite » ?
Cette recherche atteste de l’existence de liens positifs entre propension à éprouver de la colère au volant et infractions des règles légales de conduite d’une part, et accidents de la route déclarés par les participants d’autre part.
L’intérêt de la D.A.S. est de permettre de mieux caractériser des comportements délétères pour la conduite. Des actions spécifiques pourraient être adressées aux automobilistes sujets à la colère au volant. La propension à éprouver de la colère au volant pourrait être diminuée dans le cadre d’actions de formation, en petits groupes, fondées sur le développement de stratégies d’autocontrôle et de gestion de situations de conduite
«Si on réussit à diminuer l’agressivité de certaines personnes au volant, elles auront une conduite plus souple. Ce qui sera autant bénéfique pour la sécurité que pour l’environnement, car qui dit conduite plus souple, dit moins consommatrice et donc moins polluante», remarque Patricia Delhomme.
Source : Axes, n° 44.
Mensuel d’actualité édité par l’Institut national de recherche sur les transports et leur sécurité (INRETS)








Ce lien est brisé
Envoyer à un ami