Les enjeux scientifiques de la communication
La fracture Nord -Sud
Se pencher sur la « fracture numérique » Nord-Sud n’est pas moins important. 80 % des utilisateurs de la Toile se trouvent aujourd’hui dans les pays les plus riches du monde.
Les cartes de trafic sur la planète sont éloquentes. L’essentiel des échanges s’effectue dans l’hémisphère Nord, entre les États-Unis, l’Europe et l’Extrême-Orient. L’Amérique du Sud est peu irriguée, l’Asie centrale encore moins, l’Afrique pratiquement pas, à l’exception de l’Afrique du Sud.
Le fossé reste béant
Même si des initiatives sont prises par certains pays industriels ou certaines organisations internationales comme l’Unesco, au nom de la « solidarité numérique », pour mettre les nouvelles technologies au service du développement économique du Sud, le fossé reste béant, voire s’élargit. Il y aurait plus de serveurs connectés à Internet dans l’État de New-York que sur l’ensemble du continent africain, où une heure passée à surfer sur la Toile est souvent facturée l’équivalent des trois-quarts d’un salaire mensuel. Dans le Sud-Ouest du Burkina Faso, la population parcourt des distances moyennes de 35 kilomètres pour téléphoner.
Usages, énergies... : un développement ralenti
« Le Sud ne dispose pas de ressources économiques suffisantes pour bâtir des infrastructures de télécommunication très coûteuses et les maintenir à niveau, dit Didier Oillo, directeur de l’innovation à l’Agence universitaire de la francophonie (AUF). Par ailleurs, bien des gouvernements locaux craignent d’être déstabilisés par une montée en puissance trop rapide des équipements numériques et de leurs usages. Et lorsque, par le biais de la coopération, on envoie des milliers d’ordinateurs d’occasion à des pays africains, on alourdit leur dette énergétique. Un simple clic de souris sur Google, c’est 3 watts de consommés ! C’est pourquoi le recours à l’énergie solaire pour alimenter ces machines à communiquer, en Afrique, pourrait représenter une solution d’avenir. »
L’i-formation peine à décoller
A fortiori, l’« e-learning » (ou « i-formation »), chargé de favoriser la formation de personnels qualifiés via le Net et qui aurait pu apparaître comme un moyen de réduire la fracture Nord-Sud, peine lui aussi à décoller dans les régions les plus défavorisées. De plus, « on peut s’interroger sur la désinvolture des firmes européennes ou américaines qui élaborent les programmes d’enseignement à distance », dit Michel Durampart, maître de conférences, chercheur au laboratoire des sciences de l’information et de la communication (Labsic) à l’université Paris-XIII. Pour ce spécialiste des technologies de l’information et de la communication pour l’enseignement (TICE), « les contenus proposés et adaptés au marché occidental sont rarement rédigés dans des langues locales et prennent insuffisamment en compte le contexte social, culturel (symbolique) et technique dans lequel évolue “l’apprenant” du Sud. Il serait souhaitable que les fabricants, plutôt que d’imposer une logique d’offre transférée artificiellement du Nord vers le Sud, fassent davantage de “sur-mesure”. Il ne faut pas confondre les moyens du Nord avec les réalités du Sud… ».
Philippe Testard-Vaillant
Sources : Le journal du CNRS avril 2009
Dossier : les enjeux scientifiques de la communication (extraits)









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