Cancer : la recherche durcit le combat
Connaître son ennemi : un principe de base pour qui doit mener une guerre délicate. Et c’est bien le problème contre le cancer. Certes, les chercheurs disposent déjà de quelques certitudes et d’une trame conceptuelle : une cellule se détraque, se divise de façon anarchique et donne naissance à un cancer (voir infographies). Mais il reste encore beaucoup d’énigmes à résoudre. Alors dans les labos, aucune piste n’est négligée. Du rôle du système immunitaire à celui des altérations génétiques, en passant par l’avidité des cellules cancéreuses pour le glucose, et l’implication des cellules souches cancéreuses, ou encore de l’environnement des cellules tumorales, chaque avancée apporte une nouvelle pièce au grand puzzle de la compréhension du cancer.
La faille de l’immunité
Commençons avec le système immunitaire et par cette théorie qui perdure depuis le début du XXe siècle : ce système de surveillance éliminerait les cellules cancéreuses dès leur apparition, au même titre que les virus. Et ce sont ses défaillances qui expliqueraient la survenue des cancers. Seulement voilà, David Klatzmann et son équipe de l’unité « Immunologie, immunopathologie, immunnothérapie1 », ont très récemment revu et corrigé cette copie.
Dans les tous premiers jours d’apparition d’une tumeur, deux types de cellules immunitaires se mettent en action : les lymphocytes régulateurs, qui protègent les cellules de l’organisme, et les lymphocytes effecteurs, qui détruisent les intrus. « On peut voir les cellules tumorales comme des cellules anormales : elles ont quelques gènes altérés ou mutés, qui leur confèrent leur caractère de malignité », assure David Klatzmann. 
Mais tous les autres gènes sont normaux ! Aux yeux des lymphocytes régulateurs, les cellules cancéreuses sont donc reconnues comme des cellules normales. « Ils vont donc les protéger, avant que les lymphocytes effecteurs n’aient pu les attaquer. Ce sont toujours les régulateurs qui gagnent ! » En d’autres termes, une immunosurveillance existe bel et bien mais paradoxalement, elle protège les cellules malades.
Du coup, le scientifique souhaite aujourd’hui rouvrir la voie de la vaccination anticancéreuse préventive : « Comme pour une vaccination classique, l’idée serait de préparer les lymphocytes effecteurs à reconnaître les antigènes2 spécifiques d’un cancer donné, les antigènes de cellules prostatiques tumorales par exemple, afin qu’ils puissent ensuite agir plus rapidement contre ce même antigène.
Affamer le cancer
Peu de chercheurs ont l’espoir de trouver une même faille pour tous les cancers. Toutefois, certains scientifiques travaillant sur le métabolisme veulent y croire. Car toutes les tumeurs ont une chose en commun : elles sont avides de sucre. La raison ? Lorsque les cellules deviennent cancéreuses, elles arrêtent de respirer normalement via les mitochondries et consomment du sucre pour se fournir en énergie. Comme ce mécanisme est bien moins efficace que la respiration, les cellules ont besoin de beaucoup de glucose. C’est d’ailleurs grâce à cette addiction que l’on arrive à visualiser les tumeurs par imagerie médicale.
De nombreuses équipes souhaitent élucider ce changement de métabolisme et s’en servir pour enrayer la prolifération cellulaire. L’équipe de Marc Sitbon au sein de l’Institut de génétique moléculaire de Montpellier3, pour sa part, a rejoint l’aventure presque par hasard. « On sait que les cellules cancéreuses, grosses consommatrices de sucre, ont en conséquence beaucoup de transporteurs (ces protéines qui transportent les nutriments dans la cellule) de glucose, expose-t-il. Or, nous avons récemment découvert une famille de virus qui reconnaît et utilise ces transporteurs de nutriments pour infecter les cellules hôtes. Nous avons donc eu l’idée d’utiliser des fragments de virus comme nouveaux marqueurs métaboliques. » Les chercheurs espèrent ainsi utiliser les transporteurs pour repérer les cellules cancéreuses, et en déduire s’il faut alléger ou intensifier les traitements en fonction du nombre de transporteurs et donc du stade de développement. Et pourquoi pas, un jour, réussir à bloquer ces transporteurs pour couper les vivres aux cellules tumorales.
Notes :
1. Unité CNRS / Inserm / Université Paris-VI.
2. Substance étrangère à l’organisme susceptible de déclencher une réponse immunitaire.
3. Institut CNRS/ Universités Montpellier-I et -II.
Source : Le journal du Centre national de la recherche scientifique








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