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La bioéthique en débat

Date : 07 août 2011

Un enjeu du clonage

L’embryon et ses cellules souches soulèvent aussi le problème du clonage. En empêchant la création d’embryons à des fins de recherche, la loi française l’interdit de facto. Mais si la création d’êtres tous génétiquement identiques demeure inacceptable pour la majorité des protagonistes, il n’en va pas de même pour le clonage dit « thérapeutique ». Dans ce cas, l’embryon est conservé in vitro et ne sert qu’à obtenir des lignées de cellules souches embryonnaires. Certains plaident donc pour son autorisation, dans la mesure où il s’agit d’un outil de recherche.

Des problèmes éthiques dont on parle peu

« Mais le clonage thérapeutique pose aussi des problèmes éthiques dont on parle peu, rappelle Simone Bateman. Pour se procurer les ovocytes humains nécessaires, il faut recruter des femmes qui acceptent de subir des stimulations ovariennes ; une procédure ni anodine ni sans conséquence pour leur fertilité future. Est-ce légitime de faire courir ces risques uniquement à des fins de recherche ? Faut-il les rémunérer ou les dédommager pour ce type de traitements très lourds ? »

Cellules pluripotentes induites : la solution ?

De récentes découvertes pourraient permettre aux parlementaires de ne pas avoir à trancher entre liberté de la recherche et respect de l’embryon. « Car on sait désormais dériver des cellules souches embryonnaires sans faire appel à l’embryon, s’enthousiasme Thierry Jaffredo. Il s’agit des cellules pluripotentes induites (dites IPS), obtenues à partir de cellules humaines adultes "reprogrammées" pour retrouver les capacités des cellules souches embryonnaires. On ne crée pas d’embryons et on ne fait pas appel à des dons d’ovocytes. Les deux objections éthiques majeures tombent. »

De délicats diagnostics

L’embryon est d’autant plus au cœur du débat que le législateur doit encore clarifier les textes sur les diagnostics prénataux (DPN) et préimplantatoires (DPI), qui servent à détecter, chez le fœtus in utero et chez l’embryon in vitro, des affections graves d’origine génétique, infectieuse ou autre. Le DPI soulève des questions spécifiques : faut-il établir une liste de maladies jugées graves et incurables pour réaliser un DPI ? Et sur quels critères ? Si l’on refuse la naissance d’enfants atteints de maladies graves, quelle place accorder aux personnes handicapées ?

Pour éviter toute dérive d’eugénisme par des diagnostics de convenance personnelle, comme le choix du sexe, la loi de 2004 a limité le DPI à la recherche d’une seule maladie grave présente dans la famille. « Mais faut-il élargir son accès ?, s’interroge Simone Bateman. Le cas du diagnostic préimplantatoire pour concevoir un "bébé médicament", autorisé en 2004, suscite déjà de nombreuses controverses. » Dans ce cas, seuls sont réimplantés les embryons in vitro non atteints de maladie génétique et présentant une compatibilité immunologique avec un frère ou une sœur. Le sang de cordon ombilical du bébé peut alors servir à soigner son aîné atteint de la maladie. Or en France, sur neuf tentatives, aucune n’a encore pu aboutir à une naissance... À ce jour, une seule tentative a réussi, en Espagne.

Camille Lamotte

Source : le Journal du CNRS - juin 2009

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