Science.gouv.fr

zoom_plus

Copenhague 2009 : les enjeux d’un sommet mondial

Date : 07 décembre 2009

La nécessaire adaptation au changement climatique

Quels que soient les efforts présents et futurs de nos sociétés pour réduire les concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère, la plupart des projections tablent à présent sur un réchauffement global d’au moins 2 à 3 °C pour la fin du XXIe siècle. « Le climat étant un système très lent, les mesures que l’on prend aujourd’hui pour réduire les émissions de gaz à effet de serre ne limiteront pas le réchauffement de la planète avant plusieurs décennies, confirme Stéphane Hallegatte, en poste au Cired. D’ici là, le climat va forcément changer. »

Hausse du niveau des mers synonyme d’inondations plus fréquentes et plus graves dans les régions côtières et deltaïques1, îles submergées, raréfaction des ressources d’eau potable, fonte du permafrost dans les zones montagneuses et boréales et dégradation des infrastructures (bâtiments, routes, pipelines, etc.), cyclones tropicaux plus violents, désertification, extension des zones touchées par les maladies à vecteur (paludisme, dengue...) : l’inventaire des répercussions environnementales possibles liées au réchauffement fait froid dans le dos.

Sans parler des habitants obligés de migrer pour fuir leurs terres devenues hostiles, les écoréfugiés. Déjà, certains des 10 000 habitants de l’atoll de Tuvalu, dans l’océan Pacifique sud, prennent le départ vers la Nouvelle-Zélande, même si cet exode n’est pas dicté par la seule montée des eaux. Tout comme ceux du village inuit de Shismaref, aux confins de l’Alaska, qui repose sur un permafrost dont la fonte s’accélère continuellement. Combien seront-ils, en 2050, à devoir fuir leur environnement immédiat, et partir à la recherche de terres plus hospitalières ? L’Institut pour l’environnement et la sécurité humaine de l’université des Nations unies, établi à Bonn, les estime à 150 millions ; le rapport Stern sur les conséquences économiques du réchauffement planétaire, publié en 2006, avance 200 millions ; l’ONG Christian Aid annonce même 1 milliard...

Des populations déracinées

Une immense incertitude a beau nimber ces projections, des déplacements majeurs de populations à l’échelle mondiale sont à prévoir. Or, à l’heure actuelle, « les réfugiés environnementaux forment un groupe aux contours flous non reconnu par le droit international. Seules des interventions d’urgence coordonnées généralement par l’Ocha (United Nations Office for the coordination of Humanitarian affairs) sont mises en place en cas de catastrophes. Ces sinistrés n’ont-ils pas pour autant droit à une assistance et une protection internationale ? N’existe-t-il pas des formes de persécutions environnementales ? », s’interroge Véronique Lassailly-Jacob, membre du laboratoire Migrations internationales, espaces et sociétés (Migrinter)2. La protection juridique de ces populations « reste, pour une large part, à construire, renchérit François Gemenne, chercheur à l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri). Outre la nécessaire et urgente réduction de nos émissions de gaz à effet de serre, la mise en place de politiques d’adaptation dans les régions d’origine sera le seul moyen de limiter l’ampleur des flux migratoires d’origine climatique. »

Philippe Testard-Vaillant

Notes :

1. Une montée du niveau de la mer d’un mètre entraînerait l’inondation permanente de 15 à 18 % des zones basses du Bangladesh, le déplacement de plus de 10 millions de personnes et la perte de terres agricoles de grande qualité.
2.Unité CNRS / Université de Poitiers.

Source : le journal du CNRS

 
 
 
  Retour en haut de page