Copenhague 2009 : les enjeux d’un sommet mondial
Une agriculture bouleversée
Concernant l’agriculture, la planète restera selon toute vraisemblance capable de nourrir sa population au cours du XXIe siècle. Mais « le réchauffement devrait augmenter surtout les rendements dans certaines régions froides, comme la Sibérie, et amplifier la dépendance déjà forte du Sud aux marchés agricoles internationaux et aux productions du Nord », ajoute Stéphane Hallegatte. En France, tout indique qu’il faut s’attendre, en moyenne, à des hivers plus doux marqués par de fortes pluies, principalement dans le Nord, et à une augmentation des sécheresses estivales. « Une remontée des cultures est envisageable, un réchauffement de 1 °C équivalant à un déplacement vers le nord d’environ 180 kilomètres, commente Bernard Seguin, coordinateur de la mission Changement climatique et effet de serre à l’Institut national de recherches agronomiques (Inra).
Le réchauffement pourrait ainsi permettre l’extension de cultures réservées traditionnellement au Sud (sorgho, tournesol...), pour lesquelles le Nord et l’Est deviendraient concurrentiels. Pour le Sud, il ne serait sans doute pas impossible, techniquement parlant, d’introduire dans l’Hexagone des cultures de pays chauds comme le coton, mais qui sont trop consommatrices d’eau, et pour quels marchés ? Les agrumes ne seraient pas à l’abri d’épisodes de gels d’hiver. »
La vigne ? Si cette dernière a manifesté une bonne capacité d’adaptation à la canicule de 2003, « la perspective de connaître régulièrement de telles conditions extrêmes laisse malgré tout planer un doute sur la possibilité de conserver les caractéristiques ancestrales du vignoble français puisqu’il n’est pas envisageable de délocaliser les AOC, liées au terroir. Cela paraît possible avec un réchauffement modéré, plus problématique dans une hypothèse de 4 à 5 °C », commente le même agronome.
Pour l’élevage, qui a beaucoup souffert de l’été 2003, la précaution prioritaire est de constituer des stocks fourragers en prévision d’épisodes estivaux aussi chauds et secs.
Pour les forêts, enfin, la stimulation de la photosynthèse par l’accroissement du CO2 atmosphérique va favoriser leur croissance, dans un premier temps. En revanche, pour des valeurs de réchauffement plus élevées (de l’ordre de 2 à 3 °C), le mouvement s’inversera. L’incertitude des modèles complique la tâche des forestiers, dont les options ne produisent pas leurs effets avant 50 ou 100 ans.
Développement et réduction des émissions doivent aller de pair
L’adaptation, à l’échelle mondiale, doit se fonder sur le développement économique, car « des populations plus riches sont en général moins vulnérables, grâce à un meilleur habitat, une économie plus diversifiée, des services de santé plus efficaces et un niveau d’éducation plus élevé, conclut Stéphane Hallegatte. Mais le développement doit également tenir compte de la nécessité de l’adaptation, car il peut aussi augmenter la vulnérabilité. Ceci s’illustre parfaitement dans le cas asiatique où le développement s’accompagne d’une urbanisation sauvage dans des zones inondables ».
De même, développement et réduction des émissions doivent aller de pair. « L’idée que les pays pauvres doivent d’abord se développer, puis réduire leurs émissions est dangereuse : ces pays vont-ils bâtir des villes, des systèmes énergétiques et des infrastructures de transport dépendant du pétrole et du véhicule individuel pour immédiatement réinvestir massivement afin de les transformer et les rendre plus propres ? Il faudrait au contraire affirmer le droit des pays en développement à se développer d’une façon qui soit aussi adaptée que possible au changement climatique », c’est-à-dire en émettant peu de carbone et en réduisant leur vulnérabilité aux risques naturels.
Philippe Testard-Vaillant
Source : le journal du CNRS









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