Envolée des prix du pétrole : jusqu’où va-t-on aller ?
Date : 19 juin 2008
Pourquoi le prix du baril atteint-il aujourd’hui ces niveaux records ?
F.L. : La hausse continue à laquelle nous assistons depuis plus de cinq ans tient toujours à la même raison : l’offre de produits pétroliers est insuffisante pour faire face aux besoins massifs en énergie. Alors que la consommation continue à s’accroître à un rythme très élevé, surtout dans des pays comme la Chine, l’Inde ou les pays du Moyen Orient, l’approvisionnement en pétrole peine à suivre à cause du vieillissement des champs existants, de la difficulté à trouver de nouvelles réserves, et du manque d’investissement pour augmenter les capacités de production. Or, nous ne pouvons pas consommer plus que nous ne produisons. Par conséquent, l’équilibre entre consommation et production s’opère par un renchérissement des produits pétroliers.Avec cette tendance à la hausse qui se renforce, on peut dire que nous vivons un nouveau choc pétrolier.
L’OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole) ne pourrait-elle agir pour faire baisser les prix ?
F.L. : L’OPEP, qui assure à elle seule plus de 40 % de l’offre mondiale, est souvent tenue pour responsable de l’envolée actuelle des prix. Si jusqu’en 2004 l’OPEP disposait de capacités de production inemployées qui pouvaient être mobilisées en cas de crise, aujourd’hui l’organisation ne dispose que d’une très faible marge de manœuvre pour augmenter son offre et faire baisser les prix. Certes les pays producteurs pourraient investir pour mettre en place des capacités supplémentaires mais ils préfèrent ne pas épuiser rapidement leur sous-sol.Figurent également au banc des accusés, les spéculateurs. Si spéculation il y a c’est parce que les prix montent. La spéculation n’est pas une cause de la hausse des prix mais plutôt un effet.

Cette hausse va-t-elle perdurer ?
F.L. : Oui il y a toutes les raisons de penser que le déséquilibre offre/demande va perdurer dans les prochaines années. Pour des raisons tant géologiques que politiques, les compagnies internationales ont de plus en plus de mal à augmenter leurs réserves et sont obligées de se tourner vers des gisements de plus en plus techniques et donc plus coûteux. Quant aux compagnies nationales des pays exportateurs, elles développent avec prudence de nouvelles capacités afin d’optimiser leurs revenus pétroliers à moyen et long terme. Et les besoins en pétrole ne sont pas près de ralentir.Les craintes pour l’avenir sont bien réelles et se traduisent par un fait nouveau : les investisseurs anticipent une hausse durable du pétrole sur le long terme. Ainsi, le 21 mai 2008, le pétrole vendu pour une livraison en décembre 2016 atteignait le prix jamais vu de 142 dollars le baril. Cependant il y a un côté positif dans cette situation : avec la perspective d’une hausse durable qui s’installe, de nouveaux investissements vont pouvoir être initiés dans le domaine des énergies alternatives et des technologies d’amélioration de l’efficacité énergétique, ce qui permettra à terme de réduire le déséquilibre offre/demande.

François Lescaroux, économiste à l’IFP
Crédits photos:
Wikipedia http://commons.wikimedia.org/wiki/Image:Gulf_Offshore_Platform.jpg
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