Cancer : la recherche durcit le combat
À l’échelle mondiale, 25 millions d’hommes et de femmes sont atteints d’un cancer et trente nouveaux cas sont diagnostiqués à chaque minute. Le fléau le plus répandu ? Le cancer des poumons (1,2 million de nouveaux cas par an), suivi par le cancer du sein (un peu plus d’un million), le cancer du colon ou du rectum (940 000), le cancer de l’estomac (870 000) et le cancer du foie (560 000)1.

Rien que dans notre pays, à l’heure où se met en place le plan Cancer 2009-20132, 1 200 000 personnes vivent avec un cancer ou après un cancer, lequel est aujourd’hui la première cause de mortalité, responsable de plus de 145 000 décès en 20083.
La conclusion s’impose d’elle-même : le cancer est loin d’être vaincu. Nos sociétés sont même confrontées à une épidémie de cancer, la chose s’expliquant en partie par le fait que nous sommes de plus en plus nombreux à vivre plus vieux (c’est-à-dire assez longtemps pour développer une maladie cancéreuse, un cancer sur deux se déclarant, en France, après 61 ans).
Le mode de vie mis en cause
Par ailleurs, 15 % des cancers, selon les experts, sont dus à des facteurs génétiques et 85 % à des déterminants environnementaux (tabagisme, alcool, polluants, habitudes alimentaires...) donc au mode de vie. D’où la nécessité de multiplier les travaux en épidémiologie socioculturelle pour dénouer l’écheveau des causes à l’origine de la plupart des cancers et planifier au cas par cas des mesures préventives avec les acteurs de santé publique, plaide l’anthropologue Annie Hubert, directrice de recherche émérite au CNRS4. « Ce type d’enquêtes complète les études épidémiologiques quantitatives qui localisent uniquement les populations à risques », dit cette chercheuse qui connait son sujet. Elle fut en effet la première à prouver, dans les années 1980, que certaines substances chimiques particulièrement présentes dans l’alimentation des Chinois du Sud, des jeunes Maghrébins et des Groenlandais, expliquait la fréquence élevée du cancer du rhinopharynx (voir carte), associé au virus d’Epstein-Barr, dans ces trois populations. « L’application de l’anthropologie en prévention des cancers, qui éclaire les habitudes et les comportements d’individus partageant une même culture mais qui n’est pas assez reconnue en France, permettrait de comprendre pourquoi certaines populations développent plus fréquemment certains cancers que d’autres (cancers du col de l’utérus chez les Vietnamiennes, du poumon chez les Écossais, du côlon chez les Argentins...) », explique Annie Hubert.
La maladie la plus redoutée en Occident
Reste que, grâce à des dépistages plus fréquents, des diagnostics plus précoces et des protocoles thérapeutiques plus efficaces, un nombre grandissant de malades parviennent à repousser plus longtemps les attaques du « crabe ». Aujourd’hui, en France, 52 % des patients souffrant d’un cancer survivent au-delà de cinq ans à leur maladie, contre 20 % en 1920, 39 % en 1960, 43 % en 1970. Le taux de guérison peut dépasser plus de 90 % pour les tumeurs du testicule ou de la thyroïde5. Après avoir été longtemps « diabolisé » et perçu comme « le pire absolu » parce qu’incompréhensible et insoignable, le cancer est sorti du ghetto « des pathologies honteuses et fatales » tout en restant la maladie la plus redoutée en Occident, dit Annie Hubert.
Une perception modifiée
En devenant, pour un nombre croissant de localisations, « curable au fil des avancées médicales et pharmacologiques qui ont marqué le XXe siècle et se multiplient en ce début de XXIe siècle, le cancer a acquis un statut de pathologie chronique dont le cours, entrecoupé de phases de traitements de courte durée, peut s’étendre sur plusieurs années, voire des décennies, renchérit Martine Bungener, directrice du Centre de recherche médecine, science et société (Cermes)6. Lorsque le traitement s’arrête, les médecins utilisent le terme de rémission et non celui de guérison, mais l’allongement continu des durées de rémission permet de modifier la perception du cancer. Dans cette nouvelle perspective, le corps médical peut désormais expliquer aux patients qu’ils vivront dorénavant plus et mieux avec leur maladie. »
Notes :
1. Source : Organisation mondiale de la santé.
2. Le plan Cancer 2003-2007, à l’origine de la création de l’Institut national du cancer (Inca), affichait trois grandes ambitions : permettre à la France de rattraper son retard en matière de prévention et de dépistage, offrir à chaque malade la qualité de soins et l’accompagnement humain auxquels il a droit, donner une impulsion décisive à la recherche.
3. Source : Institut national du cancer.
4. Laboratoire Anthropologie bioculturelle (CNRS / Université Aix-Marseille-II / Établissement français du sang Alpes-Méditerranée).
5. Source : Cancers : pronostics à long terme, rapport Inserm, 2006.
6. Centre CNRS / Inserm / Écoles de hautes études en sciences sociales/ Université Paris-XI.
Source : Le journal du Centre national de la recherche scientifique








Ce lien est brisé
Envoyer à un ami