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Copenhague 2009 : les enjeux d’un sommet mondial

Date : 07 décembre 2009

Bord de fleuve Crédits erwan.lher@creativecommons

Sommaire

(Une enquête du Journal du CNRS)

Les coulisses d’un sommet attendu : les pays émergents s’organisent
De Rio à Copenhague : la longue route des négociations
La nécessaire adaptation au changement climatique
- Repenser la ville
- Une agriculture bouleversée

A voir aussi :
Livres, vidéo, sites... sur le site du CNRS)
Audio : Le cycle de conférences organisées par la Cité des Sciences et de l’Industrie à la veille du sommet

Acidification de l’océan : le guide des faits (PDF)
Rédigé dans le cadre du projet Européen EPOCA et remis aux décideurs lors du sommet de Copenhague

Le site officiel de la conférence
(en français)
Le site spécial du ministère du développement durable sur la Conférence des parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (COP15)

Les coulisses d’un sommet attendu

Alors qu’à Copenhague les États vont discuter de nouveaux objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre, les questions fusent avec la même intensité qu’une pluie d’hiver dans les contes d’Andersen.
Dans un contexte international doublement bouleversé par la crise économique et l’élection de Barack Obama à la présidence des États-Unis, jusqu’où les pays industriels sont-ils prêts à aller pour combattre le dérèglement climatique ? Et les pays à forte croissance économique comme la Chine ? Que pourrait être le contenu du traité qui fera suite au protocole de Kyoto, célèbre feuille de route pour la réduction des gaz à effet de serre qui, malgré toutes ses bonnes intentions, s’est soldée par un demi-échec et expirera en 2012 ? Bref, la réaction institutionnelle à l’un des principaux défis posés à l’humanité en ce début de XXIe siècle sera-t-elle à la hauteur des enjeux ?

Si la jungle toujours plus épaisse qu’est devenue la conférence internationale sur le climat - la conférence des parties ou Cop en langage onusien - voit cohabiter « des préoccupations, des motivations et des intérêts infiniment variés », rappelle Amy Dahan-Dal Medico, directrice adjointe du Centre Alexandre-Koyré1, il n’y est toutefois jamais question de « remettre en cause ouvertement le cadre même des négociations. L’Onu s’affirme comme le seul service public international capable de répondre de manière transversale à la question du changement climatique ».

L’incertitude américaine

À Copenhague, tous les regards seront évidemment tournés vers la délégation américaine. L’élection de Barack Obama a ouvert une nouvelle page dans la politique climatique des États-Unis. On se souvient qu’en février 2001, peu après sa prise de pouvoir, Georges W. Bush annonçait officiellement le retrait complet de son pays du dispositif de Kyoto. Le retour en grâce des démocrates - maîtres d’œuvre du protocole à l’époque - pourrait bien changer la donne. « Barack Obama a nommé aux postes clés de son équipe de négociation d’anciens protagonistes de la politique environnementale de l’administration Clinton », note Patrick Criqui, directeur du Laboratoire d’économie de la production et de l’intégration internationale (Lepii)2. Toutefois, des résistances sur les propres terres d’Obama se font jour. Le Sénat américain par exemple, bien qu’aux mains des démocrates, ne semble pas réellement pressé de suivre la Chambre des représentants3 sur la question des gaz à effet de serre, laquelle a approuvé en juin dernier le projet Waxman-Markey, qui prévoit d’en réduire les émissions de 17 % par rapport à 2005 d’ici à 2020, et d’environ 83 % d’ici à 2050. De fait, les républicains sont majoritairement contre, tout comme le Big Oil (le lobby pétrolier), et les démocrates restent divisés sur la façon de procéder. « On voit mal le Sénat voter ce texte avant décembre, commente Pierre Mélandri, professeur des universités à Sciences Po. Pour l’heure, le nouveau président est avant tout soucieux de mener à bien sa réforme sur la santé, sachant que s’il parvient à instaurer une couverture médicale quasi-universelle aux États-Unis, son nom restera dans l’histoire. Du coup, Obama risque de se retrouver un peu en porte-à-faux à Copenhague. Il lui sera difficile d’exiger des contraintes chiffrées de la Chine et de l’Inde sans pouvoir se prévaloir de la détermination de son Congrès à accepter d’importantes réductions des émissions de gaz à effet de serre. »

L’Union européenne, elle, va certainement maintenir son engagement en faveur d’objectifs quantitatifs ambitieux : 20 à 30 % de réduction de ses émissions de CO2 en 2020, 60 à 80 % en 2050. « La première préoccupation de l’Europe à Copenhague, dit Olivier Costa, du laboratoire Science politique, relations internationales, territoire (Spirit)4, sera de continuer à incarner le " mieux-disant environnemental " qui a fait d’elle la bonne élève du processus. » Les Vingt-Sept, dont les économies dépendent à 80 % des énergies fossiles, n’entendent cependant pas être « les seuls à faire des efforts en période de vaches maigres et des tiraillements existent entre certains États membres au sujet, notamment, de la question du financement de l’adaptation des pays en développement. Parler d’une seule voix, pour l’Europe, ne sera pas chose facile ».

Et le Japon, désormais gouverné par le parti démocrate ? Il s’est placé en pointe en proposant de réduire ses émissions de CO2 de 25 % d’ici 2020 par rapport à leur niveau de 1990, soit un quadruplement de ses objectifs. Mais le patronat et l’administration désapprouvent en chœur cette initiative du nouveau Premier ministre, Yukio Hatoyama. Au demeurant, dit Jean-Marie Bouissou, du Centre d’études et de recherches internationales (Céri)5, « les promesses d’Hatoyama sont conditionnelles. Elles ne sont valables que si les gros émetteurs s’engagent eux aussi à des efforts significatifs. Hatoyama sera donc méfiant et réaliste à Copenhague. Il entend se donner le beau rôle, avec l’idée de promouvoir la technologie japonaise, très avancée sur la question des économies d’énergie. Mais il se gardera de faire des promesses qui désavantageraient l’Archipel par rapport à d’autres partenaires, nettement moins vertueux sur le plan climatique ».

Philippe Testard-Vaillant

Notes :

1. Unité CNRS / Cité des sciences et de l’industrie /EHESS / MNHN.
2. Unité CNRS / Université Grenoble-II.
3. Le Congrès états-unien est composé de deux assemblées, le Sénat et la Chambre des représentants. Depuis 2008, les deux chambres sont à majorité démocrates.
4. Unité CNRS / IEP Bordeaux.
5. Unité CNRS / IEP Paris.

Source : le journal du CNRS

 
 
 
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